lundi 14 mai 2012

Battre Sarkozy et continuer le Front de Gauche

Le 1e tour de la présidentielle est un désaveu à l’égard de N. Sarkozy. Il ouvre l’espoir de battre la droite. En même temps il est marqué par le score de l’extrême droite profondément inquiétant parce qu’il aggrave sensiblement la droitisation de la droite. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il s’agit d’un élargissement de l’influence de l’extrême droite dans les couches populaires : les résultats dans les grandes cités défavorisées montrent le contraire c’est là où le FN fait ses plus mauvais scores. Il s’agit à nouveau d’une recomposition interne à la droite au profit de son extrême : le total des voix de Sarkozy, Le Pen, Bayrou correspond au score de la droite depuis plusieurs dizaines d’années. Cela étant le niveau atteint par M. Le Pen montre que le Front de Gauche et son candidat JL. Mélenchon ont eu raison d’affronter ses thèses. Nous avons été bien seuls dans ce combat : l’UMP a systématiquement pris à son compte et légitimé son discours tandis que nos partenaires de gauche ont une fois de plus cédé à la tentation de l’instrumentaliser pour mieux susciter le réflexe du vote utile. Avec ou sans l’aide de Libération et du Nouvel Obs., nous allons poursuivre et amplifier ce combat parce que de son succès dépend pour une large part celui de la gauche.
Il reste que c’est le résultat de JL. Mélenchon et du Front de Gauche, notre meilleur score depuis 1981 avec cette extraordinaire mobilisation populaire qui est la nouveauté de cette campagne. Il impulse la construction d’un Front du peuple, d’une véritable refondation de la gauche, le retour sur la scène politique d’une gauche de la résistance et de l’espoir. La résistance à ce capitalisme mondialement prédateur, autoritaire et obscurantiste ; l’espoir d’ouvrir en France et en Europe une alternative aux politiques dictées par les marchés financiers. Avec « l’humain d’abord », le programme partagé du Front de Gauche, il existe désormais un plan B au traité de Lisbonne et à l’adaptation austéritaire concoctée par Merkel et Sarkozy.
Seule la voie ouverte par le Front de Gauche est susceptible de créer les conditions d’une victoire contre la droite le 6 mai.
Rien n’est possible sans le Front de Gauche pour battre Sarkozy et gagner les législatives, pour mettre en œuvre une politique susceptible d’apporter des réponses à tous ceux qui veulent en finir avec le chômage et l’austérité et s’engager dans une voie de progrès social, d’émancipation humaine, de transition écologique et de révolution citoyenne.
Le Front de Gauche est une idée neuve. C’est l’avenir de la gauche et c’est en amplifiant cette dynamique citoyenne de rassemblement que nous en ferons à terme le centre d’une nouvelle majorité politique transformatrice. Afin d’ouvrir une alternative progressiste en France et en Europe où la peste brune ose se poser en solution à la dictature des marchés financiers alors qu’elle en est la roue de secours.
Un vent s’est levé à gauche, ne lâchons rien et continuons ensemble.

jeudi 19 avril 2012

La dernière ligne gauche

La Bastille à Paris, le Capitole à Toulouse, le David à Marseille constituent une belle collection des métaphores qui ont jalonné la campagne du Front de Gauche et de son candidat JL Mélenchon. L’extraordinaire rassemblement samedi sur les plages du Prado face à la méditerranée a été l’occasion de rejeter le climat de haine qui a régné sur cette campagne à l’initiative de la droite et de l’extrême droite. Qui n’a pas été gagné par l’émotion lorsque JL Mélenchon a fait l’éloge du métissage méditerranéen cette chance pour notre pays et dont Marseille est une si belle illustration. Qui n’a pas vibré à l’hommage à nos « frères et sœurs » du Maghreb, au rejet des discours de haine sur les différences de civilisation. Qui n’a pas été enthousiasmé par l’appel à construire notre avenir en lien fort avec l’ensemble des peuples méditerranéens.
A quelques jours du 1e tour force est de constater que la présidentielle de 2012 aura été marquée par l'irruption politique d’un nouveau front du peuple clairement orienté à gauche.
Il a bouleversé le paysage électoral, troublé les petits calculs de ceux qui voudraient bien que tous les 5 ans le débat politique se réduise à un jeu médiatique dont l’unique objectif, quel que soit le résultat, est que « tout change pour que  rien ne change ».
Patatras ! Voilà que des profondeurs du mouvement social de 95, du rejet massif du FN au 2e tour de 2002, du non au TCE de 2005 après la victoire contre le CPE, de la révolte de 2011 contre la sarko-retraite, surgit le Front de Gauche devenu le vecteur d’une insurrection civique et politique, d’une véritable révolution citoyenne.
Oui nous pouvons à nouveau prendre les Bastilles, affronter les Goliaths, occuper les Capitoles d’aujourd’hui, les oligarchies et les marchés financiers, les élites à leurs services, pensants et décidants en lieu et place des peuples, les fondamentalistes de tous poils, planches de salut de nos sociétés inégalitaires et obscurantistes.
Un nouveau spectre hante la France et l’Europe et le Figaro ressort des tiroirs camphrés de la vieille droite nationale l’antienne qui préfère «  Hitler au Front populaire ».
Mais quel étrange paradoxe que ce déchainement anti-Mélenchon de la part d’une presse dite de gauche. Quoi ? « Libé » et l’ « Obs » sortent l’artillerie lourde contre le candidat du Front de Gauche alors que tout démontre que c’est son succès qui garantit le mieux celui de toute la gauche ? Mais sans doute ont-ils peur que Hollande fasse perdre Mélenchon pour reprendre la saillie de « Charlie ». L’ « Obs » est allé jusqu’à dégainer Michel Onfray pour rattraper par le col les électeurs socialistes tentés par un vote vraiment utile à gauche. C’est un peu court d’autant que cet intégriste de l’athéisme avoue qu’il votera blanc !
« Au printemps de quoi rêvais-tu » chantait Ferrat repris par Mélenchon : 2012 aura permis de libérer le peuple de gauche, désormais il lui est possible dans un même vote de battre la droite, faire reculer son extrême et créer les conditions d’une alternative de gauche aux politiques libérales et « austéritaires ». Pas mal non !
Allons plus que quelques jours, encore un effort pour ouvrir la voie à une 6e République.

lundi 16 avril 2012

Un projet pour l’art et la culture

En publiant un ouvrage développant son projet pour la culture*, le Front de Gauche veut la mettre au cœur de son programme. La culture est la condition de l’action politique et d’une démocratie révolutionnée par l’exercice de la citoyenneté. En ces temps de crise de civilisation mais aussi de révolution de toutes sortes, il est devenu urgent de déchiffrer le présent et d’imaginer l’avenir. Il faut aller à la rencontre des aspirations de toutes celles et tous ceux qui rêvent d’un monde qui ferait reculer en même temps les régressions sociales et les obscurantismes. En ce sens, la culture est un moteur de transformation sociale. Les forces du travail et de la création doivent se joindre pour reprendre le pouvoir sur les mots, les symboles, les imaginaires.
Le capitalisme tente d’imposer ses seuls critères quantitatifs et concurrentiels à toutes les activités sociales et pour cela fabriquer des humains normés, conformistes et dociles. A l’inverse le Front de Gauche vise l’émancipation de tous et l’épanouissement de chacun.
C’est pourquoi une politique culturelle de gauche n’est pas seulement l’affaire des artistes et des acteurs culturels, elle est l’affaire de tous. Elle permet à chaque individu d’être l’acteur de son propre destin et du destin collectif. C’est cela la révolution citoyenne.
Ce projet peut se résumer autour de 3 idées :
-      Garantir et redonner du sens à la liberté de création, au travail des artistes et des acteurs de la culture, contre tout asservissement à une économie marchandisée, standardisée et nivelée par le bas et contre une instrumentalisation politique idéologique ou religieuse.
-      Donner un nouveau souffle à l’imaginaire en portant l’ambition d’un « partage du sensible », en reprenant le chemin de la démocratisation pour aller vers une authentique démocratie culturelle qui renoue les liens entre création et éducation populaire, qui permette à tous de s’approprier les ressources artistiques et culturelles.
Cela passera par de nouvelles missions pour les établissements culturels, par une relance de l’éducation artistique à l’école et la réintroduction de l’art et de la culture dans l’entreprise comme un droit afin de contribuer à la dignité humaine au travail. La même démarche doit s’appliquer à chaque territoire en refusant cette dichotomie imbécile entre culture de l’élite et culture du peuple. Le peuple n’est pas dénué de culture il est privé de parole et le Front de Gauche veut la lui rendre car la culture est un bien commun.
-      Le vivre ensemble dans un monde marqué par la diversité culturelle suppose la reconnaissance de l’autre, de sa culture et de sa langue. Il faut fonder une civilisation humaine aux antipodes des hiérarchies établies par les Le Pen, Sarkozy et Guéant afin de permettre à tous quelques soient leurs origines non seulement d’entrer dans l’histoire mais de la faire.
La gauche doit s’engager à donner les moyens de l’Etat et des collectivités à une telle ambition et pour cela à adopter une grande loi d’orientation et de programmation pour l’art et la culture.

*« Quelle humanité voulons-nous être » ? Edition Bruno Leprince 3 €.

jeudi 12 avril 2012

Le Front de Gauche ou l’insurrection civique

Dans la Marseillaise de jeudi dernier Olivier Duhamel tente d’analyser l’électorat en cours de mobilisation en faveur de J.L. Mélenchon. Il le divise en 3 tiers : le vote communiste, celui de l’extrême gauche et un troisième qu’il attribue à la personnalité du candidat.
On pourrait ironiser sur le fait que le pastis si l’on en croit Pagnol est formé de 4 tiers. Il a donc oublié le 4e, la dynamique du Front de Gauche et de son programme autour de son candidat.
Mais une étude de l’IFOP et du politologue Jérôme Fourquet publié vendredi par l’Humanité sur le même sujet vient sérieusement corriger l’analyse d’Olivier Duhamel.
Que dit cette étude :
-      La dynamique actuelle de ce vote renvoie indissociablement à la forme, la qualité du candidat mais aussi le caractère citoyen de cette campagne qui fait de l’électeur, pas seulement un votant (« voter pour je le ferai le reste » disent les autres candidats) mais un acteur de l’histoire. Elle renvoie aussi au fond, les thèmes prioritaires des électeurs du Front de Gauche rejoignent les aspirations majoritaires de l’ensemble de la population : l’emploi, le pouvoir d’achat, la précarité, l’éducation, la santé et non les dettes publiques, l’immigration et l’insécurité.
-      L’électorat qui s’apprête à voter Mélenchon rassemble très largement au-delà des forces politiques qui constituent le Front de Gauche : il y a certes des communistes, des électeurs du PG, des sympathisants de la gauche radicale, mais il y a aussi des socialistes, des écologistes, des syndicalistes, des militants associatifs, féministes, antiracistes…
-      Un bond en avant récent est constaté chez les 18-24 ans, les ouvriers et les professions intellectuelles du monde de l’éducation, de la culture, de la santé…
Cette mobilisation, montre qu’est en train d’émerger un sentiment d’adéquation du Front de Gauche avec la réalité et le vécu des français et leurs attentes politiques. On retrouve pour expliquer cette bonne campagne, des éléments perçus en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen « indique Jérôme Fourquet ».
J’ajouterai que le Front de Gauche et son candidat ont permis à beaucoup de retrouver goût à la politique, à travers un intérêt pour une campagne qui fait de l’éducation populaire et responsabilise le citoyen qu’elle appelle à l’insurrection civique.
D’ores et déjà on constate que le Front de Gauche a mis M. Le Pen sur la défensive et réussit à établir de fait un débat à gauche. Certes le PS n’accepte toujours pas d’admettre qu’il peut y avoir une autre politique à gauche que la sienne. Il n’en reste pas moins que la montée en puissance du Front de Gauche, loin de faire peur, apparaît comme un atout pour battre la droite et l’extrême droite.
Elle constitue même, fait nouveau, une garantie que les espoirs du peuple de gauche ne seront pas une fois de plus déçus.
C’est le premier résultat de cette révolution citoyenne en marche.

jeudi 5 avril 2012

Une histoire française

La folie meurtrière de M. Merah donne lieu à des déclarations et des décisions exclusivement répressives qui omettent délibérément d’affronter une question essentielle : nous avons à faire à une histoire française, qui se déroule sur notre territoire, met en présence des français et nécessite par conséquent que l’on s’interroge sérieusement sur l’état de notre société. Notre communauté nationale choquée souhaite comprendre avant de jeter des anathèmes ou de faire des amalgames.
Rien ne justifie un tel acte : ni les horreurs commises sur les enfants palestiniens, ni la présence de nos troupes en Afghanistan, encore moins la référence obscurantiste à la guerre sainte et au choc des civilisations. L’islam n’est pas plus responsable du geste ignoble du jeune toulousain que le christianisme ne l’est du massacre perpétré par ce norvégien qui lui aussi prétendait défendre « sa » religion.
Va-t-on cesser de chercher des boucs émissaires et regarder la réalité en face : la jeunesse issue des migrations récentes est née et a grandi dans les quartiers et les banlieues de nos grandes villes qui sont en proie à un appauvrissement généralisé. Elle est en voie de désintégration pour reprendre le titre du documentaire que le cinéaste Philippe Faucon vient de leur consacrer. Les travaux de Gilles Kepel sur « les banlieues de l’islam » montrent bien pourquoi ces jeunes sont à la recherche de repères : dans ces cités 1 jeune sur 2 est en échec scolaire, le chômage l’attend et la délinquance le guette. Pour tous c’est le temps du mépris, de la stigmatisation, des discriminations économiques, sociales et culturelles, même quand ils sont parvenus à suivre une scolarité normale.
Comment s’étonner que dans ce contexte de précarisation sociale, de fragilisation identitaire et psychologique, certains perdent pied et soient sensibles au discours fondamentaliste qui s’appuie sur le fait que la France, leur pays, ne les reconnait pas et les exclus du champ de la devise républicaine d’égalité de liberté et de fraternité.
Les discours xénophobes de N. Sarkozy, C. Guéant ou M. Le Pen sont dangereux et portent une lourde responsabilité dans le climat malsain qui s’est instauré dans la campagne présidentielle que les français jugent sévèrement parce qu’elle ne traite pas de leurs problèmes.
Il devient urgent de faire de la question sociale et singulièrement de l’avenir de la jeunesse une priorité du débat électoral. L’immense majorité des jeunes des cités sont totalement étrangers à la psychose sécuritaire ou antiterroriste qui nous envahit. Ils aspirent à une vraie formation, à un emploi durable et intéressant avec un salaire correct, ils rêvent comme tout un chacun, de sport et de culture, d’amour et de voyages. Renouer les liens de solidarité avec ces jeunes quelques soient leurs origines ou leurs références confessionnelles, mener avec eux des luttes pour mieux vivre ensemble, sont les conditions pour créer de l’espoir et ouvrir une perspective de changement.
La dynamique que connait actuellement le Front de Gauche, les attentes qu’il suscite, doit l’inciter à mieux se tourner vers ces populations en déshérences comme il a su le faire avec les salariés.