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mardi 10 janvier 2017

2017, année horrible ?


Comme tout le monde en ce début d’année je reçois et j’échange des vœux. Des vœux personnels certes de santé et de bonheur pour chacune et chacun d’entre nous. C’est essentiel. Mais aussi des vœux pour le monde tel qu’il va. Ce qui me frappe à ce propos c’est le manque d’enthousiasme de mes proches vis-à-vis de l’année qui s’ouvre. Au mieux elle apparait comme l’année de toutes les résistances, au pire comme celle de toutes les catastrophes. Face à un monde où les guerres s’installent durablement et apparaissent sans issues, où les inégalités atteignent des niveaux vertigineux, où de Berlin à Istanbul la violence aveugle se déchaine, où l’arrivée au pouvoir de Trump semble annoncer chez nous celle de Fillon voire de Le Pen, où les violences faites aux femmes, l’homophobie, le racisme ordinaire se banalisent, les personnes les mieux intentionnées sont pour le moins sceptiques sur ce que peut  apporter de positif 2017. Je comprends ce « pessimisme de la raison » et pour une part je le partage. Mais je pense malheureusement que pour le faire reculer il ne suffira pas de lui opposer un « optimisme de la volonté » en se contentant d’affirmer que 2017 sera ce que nous en ferons. L’année qui vient, je dirai même les années qui viennent, appellent plus que cela. Pour que le malheur succombe, que l’arrogance et l’imposture reculent, que l’obscurité cède face aux lucioles, il nous faut faire preuve de lucidité dans l’analyse, d’esprit de rassemblement et de courage politique pour inventer et imposer une alternative.

Le monde va mal, c’est un constat que tout le monde partage si l’on excepte l’extrême minorité qui s’approprie les avoirs, les savoirs et les pouvoirs. Encore faut-il justement avoir la lucidité d’analyser le lien de causalité entre cette domination quasi totalitaire et l’état d’un monde devenu fou parce qu’il se nourrit des désespoirs et des haines que cette domination produit. Il faut aussi avoir la lucidité de déceler que face à ce monde qui se meurt de ses propres turpitudes, un autre monde émerge fait de solidarité, de partage, de respect de la nature, de cultures ouvertes aux autres, d’aspiration à vivre ensemble dans la recherche du bien commun. Le monde d’aujourd’hui c’est à la fois Airbus qui licencient malgré ses énormes profits et ces milliers de sociétés coopératives telle 1336 qui inventent une nouvelle économie, cette Europe sans cœur qui rejette les réfugiés et ce paysan des Alpes maritimes qui les accueille, ce spectacle politique de plus en plus anachronique et ces peuples de par le monde qui se révoltent et expriment une formidable aspiration démocratique.

Ce sont ces acteurs du monde de demain qu’il faut unir en bannissant tout sectarisme d’où qu’il vienne. Car ils inventent une utopie concrète qui met l’homme et son environnement au centre d’une nouvelle aventure politique émancipatrice.

Irréaliste face au clair-obscur et aux monstres qu’il produit ? Rappelons-nous sans cesse ce vers d’Hölderlin : « Là où croit le péril croit aussi ce qui sauve ». Bonne année !    

vendredi 6 janvier 2017

Alep : de la souffrance d’un peuple à l’exigence de la paix


« L’humanité s’effondre à Alep ». Ce cri du cœur de l’ONU est révélateur de l’ampleur du désastre humanitaire et de son impuissance à imposer un cessez-le feu et des négociations de paix face aux intérêts et aux stratégies des puissances occidentales mais aussi de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Le drame des populations syriennes a un caractère d’urgence absolue qui doit nous mobiliser en priorité pour exiger une trêve humanitaire destinée à protéger les civils et alléger leurs souffrances.

Dans la foulée nous devons obtenir une réunion d’urgence du groupe international de soutien à la Syrie mis en place il y a un an sous l’égide de l’ONU. Réunion, ne l’oublions pas, qui avait été saboté par les puissances occidentales car leur seul objectif d’alors était d’obtenir le départ du dictateur Assad. Comme si Daesh n’occupait pas une grande partie du territoire syrien avec la complicité du Qatar et de l’Arabie saoudite avec qui  l’occident entretient d’excellentes relations au point de fermer les yeux sur les massacres perpétrés au Yémen par les Saoudiens. Comme si la Syrie n’avait pas vu plus d’un tiers de sa population fuirent des combats effrayants où bombardements et armes chimiques frappaient indifféremment et se transformaient en  réfugiés parqués dans des camps, refoulés aux frontières d’une Europe indigne de son histoire.
Mais au- delà de cette solidarité immédiate, quelle doit être notre ambition principale au moyen orient ? J’ai la naïveté  de penser que c’est l’exigence de la paix dans la reconnaissance des droits de chaque peuple de cette région du monde. Celle-ci a le malheur de concentrer des richesses considérables : symboliques, les monothéismes, et matérielles, le pétrole, qui font  aujourd’hui de « cet orient compliqué » le point de cristallisation des contradictions inter impérialistes. Après les guerres israélo-arabes autour du refus de la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien, après la mise en cause de l’unité du Liban pour mieux le contrôler, après les invasions aux conséquences dramatiques de l’Afghanistan et de l’Irak,  voici maintenant la Syrie. Je ne choisirai pas un camp impérialiste contre un autre. Autant je combats l’interventionnisme américain et de ses alliés dont la France aujourd’hui, autant je combats les mêmes visées impérialistes de la Russie dont je n’aurai pas l’illusion de croire qu’elle est l’héritière de l’URSS. Poutine est un nationaliste Panrusse. Il est lié à son église orthodoxe qui se rêve en fédératrice des christianismes d’orient. Le monde d’aujourd’hui voit succéder à la guerre froide qui opposait des camps identifiables, une globalisation dominée par un capitalisme financier et productiviste. Dans ce cadre prédateur et de plus en plus guerrier, émerge des nationalismes néo-conservateurs  décidés dans cette jungle à défendre leurs intérêts. Plus que jamais s’applique la fameuse phrase de Jaurès sur « le capitalisme (qui)  porte la guerre comme la nuée porte l’orage ». Se battre pour la paix est devenu vital pour l’humanité.

jeudi 15 décembre 2016

L'argent sale : le football leaks et les autres

Médiapart vient de publier, avec un certain nombre de quotidiens européens, les résultats d’une longue enquête sur les pratiques scandaleuses de plusieurs joueurs et entraineurs de football professionnel parmi les plus célèbres, en matière d’évasion fiscale. Les sommes détournées vers des paradis fiscaux sont considérables.
Il s’agit d’une gigantesque fraude organisée méthodiquement par un consortium d’agents de ces joueurs dont le plus célèbre, Jorge Mendes, règne en Europe sur les transferts des plus grands joueurs en toute impunité depuis de longues années. Ce système bénéficie du soutien de très importants cabinets d’avocats qui ont pignon sur rue. Les noms des joueurs que ces journaux distillent quotidiennement sont impressionnants. Ils jouent dans les meilleurs clubs européens tels le Réal de Madrid, le PSG, Monaco, et bien sûr des clubs anglais dont les propriétaires font partie du gotha financier mondial. Vous avez tous lu ces noms dans la presse. Mais il n’est pas inintéressant de noter qu’un nom manque à l’appel : Karim Benzema, trainé dans la boue en France parce qu’il ne chantait pas la Marseillaise avec l’équipe de France, écarté de la sélection pour une ténébreuse affaire dans laquelle on lui a refusé la présomption d’innocence. Or, contrairement au capitaine de l’équipe nationale épinglé par cette enquête, il paye ses impôts sur ses droits d’image en France alors que, jouant en Espagne, il n’y ait pas obligé.
Après le scandale des affaires frauduleuses au sommet de la FIFA, ces révélations mettent à nouveau en lumière le poids exorbitant  de  l’argent au sein de ce sport universel et populaire qui fait rêver des millions d’individus, en premier lieu des jeunes dans le monde entier. Mais une fois de plus ne jetons pas le bébé avec l’eau sale du bain car la course effrénée à la rentabilité, la fraude et l’évasion fiscales ne se réduisent malheureusement pas au football ni même au sport en général. La récente condamnation de l’ancien ministre Cahuzac vient nous rappeler l’ampleur du phénomène puisqu’en l’occurrence il s’agissait du ministre en charge de la lutte contre l’évasion fiscale ! Mais le procès en cours de l’ancien patron des patrons, le Baron Sellières, celui de Serge Dassault, auteur d’une évasion de ses profits vers le Luxembourg avec la complicité de Jean Claude Junker, à l’époque Premier ministre du duché et actuel Président de la Commission européenne et de bien d’autres personnalités, institutions bancaires et fonds d’investissements révèlent un mal endémique et systémique. Savez- vous que la fraude fiscale coûte à chaque français-e- 136 euros par mois alors que la fraude sociale dont M. Le Pen nous rebat les oreilles est à 6 euros par mois. Savez- vous qu’elle prive notre pays de 70 milliards d’euros par an soit l’actuel déficit annuel du budget de la nation. Vous avez dit dette publique ? Décidément le capitalisme contemporain  est comme le poisson dont Mao disait « qu’il pourrissait toujours par la tête ».


mardi 6 décembre 2016

Fidel


Le déchaînement de haine auquel nous venons d’assister à la suite du décès de Fidel Castro de la part des grands médias et d’une part importante du monde politique est consternant. Pas la moindre nuance, aucune objectivité pour employer un mot qu’il nous renvoie à la figure. Qui est manichéen? Il s'agit quand même d'une des plus grandes figures de l’anti-impérialisme mondial au XXe siècle qui nous quitte. Il a symbolisé ce combat  à Cuba en renversant la dictature Batista soumise aux USA qui avait fait de l'île un bordel exotique à quelques encablures de leurs côtes. Il a fait de ce petit pays le symbole du  combat de David contre Goliath, résistant un demi-siècle à toutes les tentatives d’invasion, de coup d’état, d’assassinats fomentés par les USA. Avec le « Ché », autre figure mythique de la révolution cubaine et les dirigeants des mouvements de libération nationale, il a fondé les  « non-alignés » qui ont joué un rôle majeur dans la lutte contre toutes les formes d’impérialisme. Il a initié en Amérique latine la résistance à la tendance, toujours d’actualité, des USA à considérer cette région comme « son sous-continent ». Il a mené un combat sans relâche contre le blocus imposé dès le début de la révolution cubaine par les américains qui est, on l’oublie trop souvent, la principale raison des difficultés économiques et sociales considérables que l’île connaît. Mais malgré le blocus, Cuba est reconnu pour avoir éradiqué l’analphabétisme, garantit un système de soins de qualité et gratuit, éliminer les formes extrêmes de la misère, de l’insécurité ou encore du mal-logement, assurer les droits des femmes.... Mais il a été, nous dit-on, un dictateur qui a dirigé son pays d’une main de fer . Ceux là même qui le disent ferment les yeux sur Guantánamo, la monarchie saoudienne ou Erdogan comme ils ont fermé les yeux dans le passé sur Pinochet, Ben Ali ou Moubarak. Mais n'éludons pas la question : Il est vrai que les révolutionnaires cubains dans un contexte de guerre froide où ils jouaient leur indépendance (cf. la crise des missiles entre les USA et l’URSS) se sont mis sous la protection du camp soviétique et de ce fait ont dû adopter leur modèle politique, parti unique, étatisation généralisée de l’économie et mise en cause des libertés. On sait la catastrophe que ce modèle non démocratique a provoquée à l’est de l’Europe et les amis de Cuba sont attentifs aux évolutions récentes vers plus de démocratie et de liberté sur tous les plans . Il est indispensable que ces réformes avancent avec audace mais c'est l'affaire du peuple cubain qui veut tout aussi légitimement préserver et développer son modèle social. Je ne suis pas sûr que cela soit le souhait des censeurs de Castro. Ce qu’ils veulent  c’est le retour de Cuba dans le giron américains et la généralisation du modèle ultra-libéral dont nous savons les dégâts causés en Amérique latine, en Europe et partout dans le monde. Face à Trump nous savons déjà qu’il faut amplifier notre exigence de la levée du blocus.

Adios Fidel, Cuba libre ! 

lundi 28 novembre 2016


La primaire de la radicalisation

Les résultats du 1è tour de la « primaire » de la droite sont révélateurs  de la radicalisation que connait la droite française. Avec une participation record, plus de 4 millions de votants, cette élection a vu triompher les thèses les plus réactionnaires sur le plan économique et social comme sur les valeurs sociétales. Si vous faites le total des voix recueillies par Fillon,  Sarkozy, Lemaire et Poisson vous n’êtes pas loin de 70% ! Si vous ajoutez à cela que Juppé et Copé n’ont pas de divergence de fond avec Fillon mais seulement de degré et de rythme pour mettre en œuvre le grand coup de balai ultralibéral et néo-conservateur dont il partage la philosophie, vous mesurez l’ampleur de la droitisation de ceux qui se nomment, par antiphrase, les Républicains. Leurs débats ont été marqués par une course réactionnaire à l’échalote. C’était à qui se déclarait le plus antisocial, le plus « thatchérien », le plus anti fonction publique, le plus antidémocratique, le plus nationaliste et identitaire, le plus anti-migrants, le plus chrétien traditionaliste… A ce jeu c’est « le mieux-disant » qui l’a emporté. Sans doute Sarkozy, qui en a pourtant fait des tonnes sur ces thèmes, a payé son quinquennat catastrophique, ses mensonges et sa malhonnêteté. Mais nous ne perdons rien au change. Fillon, qui a été son Premier ministre, s’est opposé à lui parce qu’il n’avait pas été assez loin dans la déréglementation sociale comme dans la défense de « l’identité nationale » et des valeurs qui fonde selon lui la famille, le mariage, le rôle des femmes et de l’autorité. Ainsi Fillon a fait une station à l’Abbaye de Solesmes dans son pays sarthois et a déclaré vouloir « retrouver nos racines chrétiennes et l’esprit des béatitudes ». Ses soutiens dans la jeunesse sont membres d’une organisation « Sens commun » très active au sein de la « Manif pour tous ». Son directeur de campagne Bruno Retailleau  est un transfuge du parti de De Villiers. Enfin son programme social est d’une brutalité inouïe.

Alors quand on est de gauche que faire ? Faut-il, comme je le lit ici ou là sur les réseaux sociaux, se mêler du combat Juppé/Fillon en spéculant sur le fait de savoir qui est le moins dangereux ou qui est le plus à même de battre M. Le Pen ? C’est un jeu totalement illusoire et très dangereux car l’un comme l’autre sont portés par la vague réactionnaire qui submerge les droites françaises. Sans oublier que cette vague peut offrir à la candidate du FN une réelle opportunité de l’emporter quel que soit son adversaire de droite, profitant de leurs divisions et de l’absence d’une gauche véritable. C’est pourquoi la conclusion que j’en tire est radicalement  différente : je crois qu’il y a urgence à se mobiliser, non pour réhabiliter un Hollande définitivement démonétisé, mais pour éviter le « mano à mano » des droites extrêmes en rassemblant une gauche d’alternative face à tous ces monstres que l’histoire nous sert, de Trump à Erdogan, de Fillon à Le Pen. « Quand les blés sont sous la grêle, Fou qui fait le délicat, Fou qui songe à ses querelles, Au cœur du commun combat. » (Aragon)

jeudi 17 novembre 2016

Un nouveau capitalisme ?


Ce que les « experts » pensaient « impensable » s’est produit. Trump est élu. Posons-nous les bonnes questions et apportons des réponses utiles à notre combat.

Ecartons d’emblée une originalité américaine. Ce qui atteint les USA  nous touche également, je dirai même que l’Europe a donné le ton avec le « Brexit ». Il faut néanmoins comprendre ce qui se passe outre atlantique. Depuis plusieurs années deux Amériques s’affrontent : celle qui a bâti le modèle issu de la conquête de l’ouest contre les amérindiens et construit « le rêve américain » à l’aide de l’esclavage des noirs et de l’exploitation des immigrations venues de partout. Une Amérique majoritairement blanche et masculine, croyante et nationaliste, raciste et xénophobe, fière de sa domination sur le monde. C’est le déclassement de cette Amérique qui a permis à Trump  en agitant les peurs et les haines, de gagner. Est-ce pour autant « le dernier tour de piste des hommes blancs en colère » (Michaël Moore) ?

On pourrait le penser car « une autre Amérique vient, portée par la montée en puissance des minorités et l’ouverture culturelle de la nouvelle génération, les « millénials ». Jeune, métissée, progressiste c’est elle qui a élu Obama, qui a fait le succès de Sanders. » (Christophe Deroubaix). Mais cette Amérique, déçue par Obama, ne s’est pas sentie représentée par Hillary Clinton. Son intégrité douteuse, son appartenance à l’élite libérale pour qui le social s’inscrit dans les limites fixées par Wall Street, les a rebutés.

Mais si Trump n’est pas le représentant du peuple qu’il prétend être, ni les pauvres ni les jeunes n’ont voté pour lui, sa victoire ne peut être seulement perçue comme le baroud d’honneur d’une Amérique blanche désespérée. Elle est aussi le symptôme d’une contre-offensive réactionnaire qui nous concerne au premier chef. Le discours de Trump est aussi celui de Le Pen, de Sarkozy et de quelques autres qui sont chez nous aux portes du pouvoir et son triomphe va leur donner des ailes. Si on ajoute à cela les mouvements politiques qui portent les Poutine, Erdogan, Orban et bien d’autres de par le monde, nous pouvons sérieusement nous poser une question : sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau paradigme intellectuel et politique pour un capitalisme atteint de plein fouet par une crise de confiance à l’égard d’une globalisation financière sans visage piétinant les peuples et la nature, comme  d’une démocratie corrompue et à bout de souffle.

Ce paradigme peut se définir comme une nouvelle forme de totalitarisme combinant globalisation financière et nationalisme identitaire, étatisme et concurrence sauvage, productivisme et obscurantisme culturel, intégrisme religieux, sexisme et haine de l’autre. C’est un néo-populisme destiné à renouer les liens entre le capitalisme et les peuples afin de les maintenir dans une servitude volontaire à l’ordre inégalitaire. Il prolifère dans le monde en captant les pulsions identitaires et les replis sur soi générés par le déclassement social et la peur de l’autre. Le danger est  immense pour les libertés et la paix dans le monde.

Le populisme est l’idéologie de ceux qui prétendent parler au nom du peuple tout en lui refusant le droit de se constituer en acteur politique de sa propre histoire. En cela il profite de la faiblesse d’une alternative progressiste et citoyenne, celle d’une gauche divisée et en miettes intellectuellement et politiquement.  C’est elle que la victoire de Trump devrait alerter.

lundi 7 novembre 2016


Guerre aux pauvres ?

 A la veille de l’hiver les organisations humanitaires lancent un cri d’alarme qu’il est important de relayer et d’éclairer : un vent mauvais souffle contre les pauvres. ATD Quart monde n’hésite pas à inventer un mot, la « pauvrophobie » pour dénoncer ce que nous constatons quotidiennement. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. A Paris le Centre d’hébergement des sans-abri   dans le 16è arrondissement a été incendié. Idem pour le centre du Secours populaire à Montreuil. Des centres d’accueil des migrants subissent, ici et là, des agressions violentes. Il en est de même pour les camps de Roms. Les mairies Fn d’Henin Beaumont et de Hayange n’ont de cesse d’expulser le Secours populaire des locaux où il accueille ceux qui en ont besoin. Une mairie LR du Val de marne tente d’empêcher la construction par le Secours catholique d’un centre d’hébergement pour femmes. De nombreux bains douches pour sans-abri ont été fermés.

Certaines villes installent des mobiliers urbains anti-sdf, bancs grillagés ou les suppriment purement et simplement. Même sur les trottoirs les sdf ne sont plus tolérés. Les arrêtés municipaux  anti-mendicités se multiplient dans les villes touristiques, particulièrement dans nos belles régions ensoleillées.

Les organisations caritatives, les associations d’aide humanitaires voient leurs subventions publiques fondrent comme neige au soleil. Les discours politiques, à droite et à l’extrême droite mais pas seulement, culpabilisent les pauvres, les chômeurs,  les migrants, les sans-abri et les sans-papiers les bénéficiaires du Rsa… Ils pratiquent un odieux amalgame en les englobant dans un même vocable  stigmatisant : ils seraient des assistés qui profitent du système, ils vivraient aux crochets de ceux qui travaillent et paient des impôts.

La victime devient coupable et le pauvre  responsable de sa pauvreté. Pire, il devient celui par qui tous les malheurs arrivent. Tout se passe comme si on assistait à un rejet des pauvres, ces « barbares » qui campent dans nos villes, ces « racailles » qui tireraient notre société vers le bas et dont il faudrait se protéger soi-même puisque « l’Etat ne le fait plus ». On sent monter l’idée heureusement encore très marginale, qu’à l’instar des américains, il serait devenu légitime de se défendre soi-même, au besoin en s’armant. Comme si pour survivre il faudrait mener la guerre aux pauvres.

Et si au lieu de la déclarer aux pauvres, notre société déclarait la guerre à la pauvreté ? Car enfin les chômeurs, les sans- abri, les migrants sont les victimes d’un système toujours plus inégalitaire, toujours plus dur pour celle ou celui qui n’a pas les moyens de sortir indemne de cette jungle que sont devenus nos sociétés où le combat pour la survie fait chaque jours plus de victimes.

Au fond la vrai nature de ce système l’incite à dresser les moins pauvres contre les plus pauvres, les classes moyennes contre les classes populaires afin d’empêcher toute forme de solidarité entre eux ou entre elles. Afin de mettre le peuple à la merci de ceux qui le domine, l’installant ainsi durablement dans une servitude volontaire ou non.

Une autre image du peuple de France


Les grands médias et les intellectuels soumis alimentent quotidiennement un air du temps angoissant en excitant la haine, la désespérance et le « no alternative ». Avec arrogance  ils nous imposent  l’idée que le peuple de France serait raciste et xénophobe, replié sur lui-même, ayant peur de tout et de tous, développant une obsession sécuritaire et identitaire et un rejet total de la politique et des politiques. Ils surfent sur des représentations réelles dont Il est important de connaître les causes comme de trouver le moyen de les faire reculer en offrant une autre perspective que celle préconisée par les  gourous du mix libéral-national-populiste. Mais le peuple de France  ne se réduit pas à l’image qu’ils en donnent. Il recèle aussi des ressources morales et politiques considérables que nous avons tendance à sous-estimer. Cette sous-estimation nous conduit  à en rabattre du double point de vue des possibles et des ambitions. J’en veux pour preuve la consultation citoyenne menée par les militants communistes auprès de 65000 personnes et analysée par l’Institut Via Voice. Cette enquête, Macron en a rêvé, mais c’est le Pcf qui l’a réalisé. Elle s’est adressée à des citoyens de toutes conditions sociales, de tous âges, de toutes origines et de toutes opinions  et l’échantillon dont les résultats ont été analysés par Via Voice correspond à la composition sociologique de la population française.  Elle dessine une autre image du peuple de France, plus conforme à ses valeurs de solidarité et d’ouverture au monde. Jugez plutôt : aux questions sur leurs aspirations en matière de vie quotidienne ils relèguent la sécurité en queue de liste et mettent en tête l’amélioration des revenus,  l’action sur l’environnement,  la volonté que cessent les discriminations, plus d’éducation et de culture. A la demande de définir trois priorités pour le pays ils répondent nouvelle république plus démocratique et citoyenne, emploi et lutte contre la finance, refondation des services publics. Face à quelques idées fortes ils choisissent celle qui attribue la cause de la crise non aux immigrés mais à la finance et au capitalisme, celle qui pense que les médias sont au service des puissants et celle qui réclame plus de rêves et d’utopies. Sur la crise de la politique ils veulent agir pour refuser la loi du plus fort et  construire de l’égalité, notamment femmes/hommes, pour transformer et rendre meilleure la société, pour améliorer le vivre ensemble et la dignité humaine.

C’est donc bien une autre France dont il s’agit. Elle n’efface pas l’autre  mais son existence permet d’avancer deux idées : le débat public est pris en otage par les néo-libéraux et les néo-populistes qui nous imposent leurs thèmes, leurs valeurs, leurs mots ; nous sommes nombreux à penser le contraire, n’est-il pas temps de reprendre l’offensive sur le terrain idéologique et culturel ?

En second lieu nous constatons qu’il est possible de construire une majorité de progrès. Allons-nous laisser les droites françaises radicalisées nous entrainer dans un long tunnel  alors que nous pouvons ensemble rallumer les étoiles ?   

 

 

mardi 4 octobre 2016

Roman national ou récit émancipateur ?


« Quand vous devenez français vos ancêtres sont gaulois ! » Nicolas Sarkozy persiste et signe : chaque immigrant arrivé en France doit s’assimiler, abandonner son bagage culturel et adopter un mode de vie conforme à ce qu’il appelle le « roman national ». Contre toute vérité historique. Parce que le peuplement de ce pays est autrement plus divers que son image d’Épinal. De l’Homo erectus puis sapiens venus d’Afrique il y a des milliers d’années jusqu’aux grandes migrations de la révolution industrielle originaires d’Europe  (Italie, Espagne, Pologne, Portugal), de nos ex-colonies d’Afrique et d’extrême orient en passant par les grandes invasions romaines, nordiques (dont les Francs) et Arabes auxquels s’ajoutent les Juifs fuyant l’inquisition espagnole ou les pogroms de l’est européen, les mercenaires des armées royales et des régiments coloniaux des grandes guerres et les ultra marins, sans oublier la diversité des apports basque, occitan, corse ou alsacien….. Les historiens nous montrent  à quel point la population française a fonctionné au mélange et au métissage, renouvelé non par l’assimilation mais par l’enrichissement linguistique et culturel.

Le « roman national » a été fabriqué au 19è siècle par la hiérarchie catholique qui fixe son point de départ dans le baptême de Clovis et surtout par la 3è République qui, pour unifier le pays et arrimer les colonies à la France, invente le mythe gaulois notamment à travers l'instruction publique. Cette idéologie, réactivée par le FN, a toujours été un instrument de domination culturelle et politique au service des classes dominantes. Sarkozy nous la sert aujourd’hui pour mieux capter les peurs identitaires et le rejet de l’autre dans le contexte sécuritaire et xénophobe.

Si la question identitaire doit être traitée, je ne pense pas que c’est en allant sur le terrain de nos adversaires qu’il faut le faire. Nous accréditons l’idée que le débat identitaire est le seul débat de la présidentielle et nous légitimons les thèses nationalistes et xénophobes. Pour autant, faut-il entrer dans ce débat en lui opposant un « récit national » qui serait fondé sur la Révolution Française ?

Si celle-ci est fondatrice de notre histoire républicaine et de ses valeurs,  elle ne va pas jusqu’à abolir l’esclavage et instaurer l’égalité femmes-hommes. De même, la République qui suit, après avoir assassiné la Commune, est à l’origine de l’effroyable et honteuse entreprise coloniale. On voit bien que ce n’est pas seulement dans le miroir du passé que l’on peut définir une identité nationale de gauche et surtout construire l’avenir. Il faut s’inscrire dans la continuité des grands mouvements progressistes de notre histoire et rassembler les français  en respectant leurs origines et leurs mémoires.  Mais il faut surtout fonder la France de demain sur la capacité de son peuple à se doter d’un nouveau récit émancipateur qui lui permette d’apporter des réponses dans tous les domaines à la crise de sens qu’il connait.

lundi 26 septembre 2016

A droite toute


Pendant que les divisions désespèrent le peuple de gauche le spectacle offert par les droites françaises doit nous inquiéter. Les Estivales lepénistes à Fréjus comme la primaire républicaine dessinent en effet un avenir dramatique. Voilà désormais le FN  installé durablement à un très haut niveau électoral avec la quasi-certitude d’être qualifié pour le second tour de la présidentielle et fortement représenté au parlement. Or son université d’été confirme que son projet de société est plus que jamais nationaliste, autoritaire et xénophobe. L’entreprise de dédiabolisation a porté ses fruits : voter pour lui est devenu banal et des personnalités intellectuelles et médiatiques n’hésitent plus à lui apporter caution idéologique, soutien politique et expertise technique. Il est devenu le réceptacle des angoisses identitaires, sécuritaires ou sociales. Face à la peur de l’autre, du déclassement social et d’une mondialisation financière sans visage, l’absence d’une alternative émancipatrice claire concoure au succès d’une idéologie liberticide et ultra conservatrice, semant la haine et la division, prônant le repli et la fermeture. Sous couvert de « patriotisme » Marine Le Pen est même parvenu à donner un vernis social à une démarche qui reste foncièrement inégalitaire. L’histoire a d’ailleurs montré que les populismes tels le nazisme ou le fascisme, se sont réclamés du socialisme pour mieux servir de roue de secours au capitalisme en crise. L’histoire bégaie car ils l’ont toujours fait en opposant les travailleurs et les peuples entre eux, les livrant aux guerres, aux dictatures et aux exploiteurs.

Le danger tient aussi au fait que la lepénisation des esprits a largement gagné les rangs d’une droite que l’on avait pris l’habitude de qualifier de républicaine et qui l’est de moins en moins. La plupart des candidats à la primaire des « Républicains » tentent, comme Donald Trump, de mêler un ultra libéralisme socialement et écologiquement prédateur à un populisme identitaire et obscurantiste. La sortie calculée de Sarkozy sur « nos ancêtres les gaulois » permet même à M. Le Pen d’apparaitre moins extrémiste que lui.  Mais ne nous y trompons pas  Fillon, Lemaire, Copé et même Juppé tiennent sur les immigrés ou sur les réfugiés des propos à peine plus lisses. Mais il y a consensus entre eux pour « dégraisser » le nombre de fonctionnaire, allonger l’âge de départ à la retraite, privatiser les services publics et tout accorder aux patrons du CAC 40 !

Les lepénistes comme cette droite radicalisée tentent d’entrainer notre pays dans une dérive populiste dont, à gauche, on ne mesure pas assez le danger. Soyons clair, le populisme ne peut en aucun cas être de gauche. Il est fondamentalement de droite. Parce qu’il est l’idéologie de ceux qui veulent conduire les peuples dans une servitude volontaire à l’égard d’un pouvoir fort et qu’il prétend parler au nom du peuple tout en lui refusant le droit de se construire lui-même un avenir émancipateur. Tout simplement parce qu’il est au service des puissants.

jeudi 22 septembre 2016

L’enjeu 2017 et après


Le débat à gauche sur les présidentielles et les législatives a largement occupé la très belle fête de l’Huma à laquelle j’ai participé le week-end dernier. Ce qui a dominé, et pour une fois les médias l’ont à peu près bien traduit, c’est la force de l’aspiration à l’union et à la convergence de la gauche non gouvernementale autour d’un projet  et d’un candidat communs, porteurs d’une alternative aux actuelles logiques austéritaires, financières, autoritaires et populistes. Répondre aux urgences sociales et économiques, écologiques, culturelles et démocratiques constitue en effet la condition nécessaire à la mobilisation populaire contre la victoire annoncée de la droite et de l’extrême droite. L’idée qui a traversé nombre d’interventions est que sans engagement conscient du peuple de gauche pour faire prévaloir une orientation et des solutions en rupture avec le libéralisme et le populisme, aucun candidat déclaré n’aura à lui seul la force de les imposer.
C’est vrai pour aujourd’hui, pour les échéances de 2017, mais aussi pour après, lors de l’inévitable recomposition qui va affecter l’ensemble du paysage politique. Quelle société et quelle république voulons-nous ? Quelle France, quelle Europe et quel monde ? De quelle gauche avons-nous besoin ? Porteuse de quelle ambition? C’est à cette hauteur que les enjeux se posent.
Ainsi en 2017 : est-on conscient que si rien ne bouge d’ici là, le scénario en cours conduit inévitablement à la disparition de la gauche dès le 1e tour et à une victoire écrasante de la droite et l’extrême droite, voire à la catastrophe historique que serait une victoire de M. Le Pen. Jamais en effet depuis 1940 l’extrême droite n’a rencontré une telle opportunité d’accéder au pouvoir. Dans l’autre hypothèse peut-on se résigner à la perspective d’un Président issu d’une droite radicalisée et d’une chambre bleue horizon et bleue marine ? Pense-t-on sérieusement que le combat sera plus clair et plus facile face aux forces réactionnaires ? Je n’y crois pas surtout si on pense à l’histoire récente de l’Europe.
Est-ce qu’on y peut encore quelque chose ? Eh bien oui ! Le peuple de gauche est toujours là. On l’a vu dans la victoire contre le projet de déchéance de la nationalité. On le voit dans la lutte contre la loi El Khomri. On le constate aussi dans toutes les études récentes qui mettent en scène une France progressiste favorable au droit de vote des étrangers, au mariage pour tous, à l’accueil des réfugiés et même hostile à la loi de l’argent qui impose partout des dégâts humains et naturels de plus en plus insupportables. Toutes les enquêtes montrent aussi un rejet très large des solutions populistes, nationalistes et xénophobes. Est-il possible de traduire politiquement cette majorité sociale alternative ? Oui à condition d’exiger de tous les candidats déclarés qui se réclament du changement, les gestes nécessaires pour ouvrir un nouvel espoir gauche et faire mentir les scénarios catastrophes.
C’est sans doute le vrai message de cette édition 2016 de la fête de l’Humanité.

La République comme ils disent…..




M. le Pen, N. Sarkozy, M. Valls ne peuvent plus tenir un discours sans faire référence à la République. Mais force est de constater que plus ils en parlent plus ils mettent gravement en cause ses fondements. De quelle République parlent-ils donc car la nôtre est bien malade : nous vivons à tous les échelons, sous une monarchie élective entachée par une corruption réelle et par un clientélisme électoral. Le spectacle politicien qu’elle offre est à l’origine du rejet populaire d’un système qui s’apparente de moins en moins à une démocratie proche des gens et de leurs  préoccupations. Où en sont les valeurs dont ils se gargarisent ?

Liberté ? L’hystérie sécuritaire qui domine tous les discours et toutes les décisions gouvernementales provoque de gigantesques reculs démocratiques au regard des droits conquis par notre peuple. Il faut protéger les populations contre la violence aveugle  mais cela ne peut justifier l’Etat d’exception permanent, attentatoire à nos libertés. Veut on ressembler à ceux qui nous menacent ? Si nous avons réussi à repousser la déchéance de nationalité, la menace sur le droit du sol se précise. Le sexisme, l’homophobie, le racisme envahissent l’espace public sans réaction officielle.

Egalité ? Dans un contexte de grandes inégalités sociales, la loi Travail va considérablement les aggraver en frappant surtout les jeunes, les femmes et les plus fragiles. Inégalités aussi des territoires, autoritairement regroupés dans d’immenses ensembles, technocratisés à l’extrême, où l’on veut enterrer la démocratie locale. C’est une France éclatée, précarisée, ségréguée qui se dessine.

Fraternité ? Une conception étatiste, autoritaire et identitaire de la laïcité est forgée. Elle s’apparente à la religion officielle d’un nouveau communautarisme national qui érige des populations, issues des migrations africaines et arabo-musulmanes, en bouc-emissaires d’une crise dont seul le capital est responsable. La France « patrie des droits de l’homme » (sic) ferme ses portes aux réfugiés de guerres dont nous sommes un des acteurs essentiels.

Cette République appelle non une restauration mais une révolution, de la cave au grenier. Pour cela il ne suffira pas de sauter comme un cabri en répétant « 6è République » pour lui redonner un sens émancipateur. Il faut répondre aux questions en débat.

Comment rendre indissociables les 3 termes du triptyque national dans la cité et dans l’entreprise? Comment en finir avec la forme monarchique et pyramidale de l’Etat ? Comment sortir du piège identitaire qui enferme la laïcité dans de prétendues guerres de religions et de civilisations ? Comment inventer un nouveau droit du sol qui intègre le droit vote des étrangers ? Comment mener réellement et concrètement le combat contre le patriarcat et toutes les formes de discriminations et de violences sexistes ?

Il y en a bien d’autres mais elles finissent par se résumer à une seule : comment reprendre l’offensive sur le terrain des idées et des imaginaires afin de reconquérir l’hégémonie culturelle et inventer une société du commun?

 

lundi 5 septembre 2016

Contre la haine, la liberté


Le monde médusé a vu cet été des femmes musulmanes chassées des plages françaises par des policiers parce qu’elles portaient des vêtements symbolisant leur appartenance confessionnelle. Ces actes liberticides ont eu lieu sur la base d’arrêtés municipaux pris par des maires de droite et d’extrême droite en toute illégalité. Ils ont pourtant reçu le soutien du FN, de LR et du Premier ministre jusqu’à ce que le Conseil d’Etat siffle la fin de la partie de chasse en condamnant pour atteinte aux libertés personnelles l’arrêté d’une de ces villes.

Le danger est immense : ce déchainement de haine stigmatisent une part  de nos concitoyens et les ravalent au rang d’ennemis de l’intérieur.  Environ 5 millions de personnes d’origine, de culture ou de confession musulmane vivent parmi nous et 90% d’entre elles sont de nationalité française. Leur présence dans notre pays est le produit de l’entreprise coloniale qui a mêlé nos destins et nos populations. Contre leur gré, les africains du nord et du sud ont été entrainés dans un processus violent marqué par la surexploitation économique, la marginalisation sociale et l’aliénation culturelle, là-bas et ici. La droite et l’extrême droite, qui se disputent le pouvoir, rivalisent dans le discours populiste et  xénophobe, érigent désormais les musulmans en bouc émissaire de la crise sociale. C’est logique. Ils sont les continuateurs des partisans de l’Algérie française et de ceux qui, dans les années 30, ont fait des juifs les victimes expiatoires d’une autre crise dont le capitalisme a le secret. Chaque fois, la haine à l’égard des minorités a permis la division des peuples entravant ainsi leur unité et leurs luttes pour vivre et agir ensemble.

Certains à gauche refusent ce combat contre l’islamophobie au nom de la laïcité alors qu’au contraire elle impose de le mener. Le combat féministe et celui contre l’homophobie ne prennent sens et efficacité que dans le mouvement général de la société pour son émancipation. Remplacer le combat de classes, associant ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, par une nouvelle guerre de religions bénéficie toujours aux puissants.

De quelle laïcité avons-nous besoin ? Celle de Jaurès respectueuse des consciences et des libertés où cette laïcité identitaire, autoritaire et étatiste prônée conjointement par Le Pen, Sarkozy et Valls qui s’apparente à la religion officielle d’un nouveau communautarisme national ? Cette conception est dangereuse parce qu’elle légitime les atteintes aux libertés et favorise un nationalisme fantasmé, « le français de souche », « la France éternelle » en contradiction totale avec notre histoire. En retour elle nourrit tous les replis communautaristes de la part de ceux qu’elle exclut socialement et culturellement. Replis exploités par les intégrismes religieux à l’origine des violences aveugles.

Ne cédons pas à ces tentatives de nous opposer sur le terrain identitaire et agissons ensemble pour fabriquer du commun, émanciper chacune et chacun dans une société de liberté, d’égalité et de fraternité.

lundi 11 juillet 2016

La politique est l’autre nom de la culture


La période des festivals est toujours l’occasion de s’interroger sur l’état de l’art et de la culture dans notre pays. C’est d’autant plus essentiel de le faire que nous traversons des temps particulièrement sombres : l’art et la culture sont attaqués, abandonnés par la puissance publique et livrés aux marchands du temple. Mais la politique est elle aussi discréditée, soumise aux impératifs de la finance et pire encore à une régression nationaliste et populiste. Politique et culture sont  toutes deux soumises à ce que Pasolini décrit à l’aide de la métaphore de la disparition des lucioles. Quelque chose qui n’était pas prévisible a bouleversé nos valeurs, notre imaginaire, nos langages et nos comportements. Une forme de totalitarisme globalisé, financier, productiviste et consumériste est en passe d’imposer son hégémonie culturelle. Des œuvres, des langages, des artistes, des lieux disparaissent. La technocratisation de la culture va de pair avec la rationalisation et la standardisation de la production industrielle de l’art qui prolifèrent sur les ruines de la politique et de la démocratie, ouvrant ainsi la voie aux forces obscures de la barbarie. Le libéralisme veut transformer l’humain en produit normé et valorisable, le populisme veut l’enchainer à des identités figées et archaïques.

Or l’art et la politique sont indissociables et il ne saurait y avoir d’émancipation politique sans émancipation culturelle et inversement.  La crise politique actuelle est à la fois une mise en cause de la démocratie dont l’objectif est d’interdire aux peuples de faire leur histoire et une mise à l’encan de la culture afin de fabriquer l’aliénation des peuples et leur servitude volontaire ; c’est l’origine des difficultés que la gauche alternative rencontre pour transformer l’immense colère sociale qui s’exprime dans les luttes contre la loi El Khomri en force matérielle émancipatrice. La lutte, même victorieuse comme celle des intermittents du spectacle, n’est durable que si elle s’inscrit dans un mouvement politique et culturel transformateur.

 « La culture est ce qui relie les humains entre eux par leurs œuvres et leurs productions, leur manière de sentir, d’éprouver, de dire et de faire » (Roland Gori). C’est en effet du pouvoir des mots, des symboles et des idées que nait l’engagement politique et sa capacité à écrire un nouveau récit émancipateur, libérateur des chaines auxquelles le système dominant nous aliène. Pour inventer ce récit osons un nouveau rapport entre l’art, la culture et la politique.

Tous ceux qui sont debout le jour comme la nuit ont les mêmes rêves de liberté, d’égalité, de fraternité. Travaillons ensemble pour les atteindre. Nous sommes des millions à ne plus vouloir  d’une politique dénuée d’humanisme, de culture et d’imaginaire. Nous sommes des millions à vouloir vivre le temps du commun, ce monde de demain qui aura pour seule ambition l’avenir solidaire de l’humanité et de la planète. C’est possible car « là où croit le péril croit aussi ce qui sauve » (Hölderlin).

 

 

jeudi 7 juillet 2016

L’Europe en proie au national-populisme

Les résultats obtenus par le parti d’extrême-droite allemand, l’AfD, aux élections dans trois Lands confirment une fois de plus la poussée en Europe des forces nationales- populistes. D’autant que l’AfD ne progresse pas uniquement du fait de la politique d’accueil des réfugiés. Son score en Saxe montre que les politiques libérales et austéritaires menées par la coalition CDU/SPD de A. Merkel sont aussi en cause dans le sentiment d’abandon exprimé par les classes populaires dans un pays dont on vante pourtant la prospérité. Ces résultats viennent après ceux de Slovaquie où un parti nationaliste est entré au parlement pour la première fois. Des forces de même nature sont parvenues au pouvoir en Hongrie et en Pologne ou bien se sont  installé dans le paysage politique comme en France (le FN entre 25% et 28 %), en Autriche (le FPÖ à 25%), au Danemark (le PPD à 18,6%), en Finlande (le VF à 18%), en GB (l’UKIP à 18%), en Suède (le PD à 16%), aux Pays-Bas (le PVV à 13%) auquel il faut ajouter 2 partis néofascistes, Aube Dorée en Grèce et Jobbik en Hongrie. 2 spectres hantent l’Europe en ce début de 21e siècle. Il faut les affronter ensemble car ils sont les 2 faces d’une même pièce, celle de l’ordre capitaliste : le libéralisme austéritaire qui fait des ravages sociaux partout et le national-populisme qui, s’appuyant sur les peurs, veut lui substituer une politique tout aussi antisociale, basée sur le repli identitaire et xénophobe, le rejet de l’Europe et un pouvoir autoritaire. Dans la plupart de ces pays, en France notamment, les forces populistes ont réussi à se placer au centre du débat politique en imposant leurs thèmes de prédilection: la haine des migrants et l’islamophobie, la déchéance de nationalité et un populisme culturel liberticide. Le monde intellectuel est atteint où nous sommes passés de Zola à Zemmour, d’Aragon à Houellebecq et de Sartre à Finkelkraut. Le piège qui nous est tendu est clair : réduire le paysage politique et idéologique à un affrontement entre ces 2 courants en marginalisant la gauche de transformation. Comment le déjouer? Surement pas en ralliant les libéraux, encore moins en inventant un oxymore, le populisme de « gauche », un mélange de souverainisme anti européen, de républicanisme étatiste ou de laïcisme d’exclusion. La seule voie possible est plus exigeante : elle nous oblige à écrire à des millions de mains un nouveau récit émancipateur social, écologique, pacifique et citoyen ; à entreprendre la fabrique d’un commun fondée sur le partage du travail et des richesses, des savoirs et des technologies, des imaginaires et des cultures; à renouveler nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité à l’aune d’un féminisme absolue, d’une autonomie imprescriptible des individus, d’une démocratie résolument citoyenne, d’une république et d’une laïcité refusant tous les racismes et promouvant autant l’unité que la diversité des  peuples. En France, en Europe et dans le monde.

L’Europe on la change ou…on la change !


S’il fallait une preuve que le débat est indispensable pour construire en 2017 une alternative à gauche,  le « Brexit » nous le fournit aisément. L’avenir de l’Europe sera un des enjeux clés des échéances électorales.

L’Union européenne est entrée dans une crise de longue durée dont les causes sont connues : son caractère antidémocratique et l’austérité générée par le poids écrasant de la finance que les dirigeants nationaux et européens imposent depuis des décennies.

Après les tentatives avortées des référendums français et hollandais, deux mouvements de refus, contradictoires, viennent d’avoir lieu : l’un de gauche en Grèce avec Syriza auxquelles les instances européennes s’opposent avec violence; l’autre de droite, le « Brexit », porté par un nationalisme xénophobe. Il laisse de marbre les marchés financiers qui protègent leurs intérêts et ceux de la City. Il faut respecter les votes et protéger les intérêts des peuples grecs et britanniques.

Le meilleur moyen est de mener la bataille politique pour une refondation progressiste de l’Europe. C’est pourquoi je ne suis pas d’accord avec la formule  de J.L. Mélenchon, « l’Europe on la change ou on la quitte ». Sur la forme elle emprunte une symbolique  détestable, « la France on l’aime ou on la quitte » qui a été le prélude à la loi sur la déchéance de nationalité. Sur le fond elle dit des choses que je ne partage pas. L’Europe ne se confond pas avec les politiques capitalistes qui la dominent depuis sa fondation. L’Europe c’est une géographie et une histoire communes avec des guerres effroyables mais aussi des combats populaires solidaires pour la paix et le progrès social, des dominations impitoyables mais aussi des brassages migratoires, des inventions et des métissages culturels. Ces richesses offrent une opportunité à notre jeunesse de s’ouvrir à l’autre et de construire une Europe solidaire et pacifique. Encore faut-il mener les luttes pour y parvenir. Quitter l’Europe revient à déserter le combat contre le capitalisme à l’échelle où il impose sa loi aux peuples et aux nations. Et quand bien même nous le ferions, serions-nous pour autant débarrassés de l’austérité en France ?  Faudra-t-il alors quitter la France parce que nous ne parvenons pas à la changer ?

Il n’y a pas de raccourcis possibles. Une hypothétique « démondialisation » ne nous dispensera pas de mener le combat contre la finance globalisée et pour un monde de paix et de coopération. Un éventuel « Frexit » ne nous protègera pas de l’austérité, du dumping social et environnemental, de l’évasion fiscale et de la troïka.

Aucun chantage ne fera plier les oligarchies dominantes. Seul le rassemblement conscient des peuples  imposera une Union européenne de peuples et de nations libres, souverains et associés coopérant, contre la finance, pour le progrès social, écologique et démocratique. Il faut combattre le sentiment d’impuissance et œuvrer ensemble, forces politiques et citoyennes, syndicales et culturelles, pour ouvrir une  voie en France et en Europe, ni libérale ni populiste, en un mot de gauche. C’est une longue marche sur un chemin étroit mais nous n’en n’avons pas d’autres.

jeudi 23 juin 2016

A qui profitent les violences ?



Marseille et Paris, Orlando et Magnanville, cette semaine a été celle de toutes les violences comme de toutes les surenchères sécuritaires et  racistes au détriment des libertés et de la démocratie. Chaque fait, gravissime en soi, mérite une analyse spécifique mais on peut légitimement s’interroger : à qui profite ce climat de haine, cette terreur de masse, cette violence aveugle ? L’Euro de foot,  rencontre populaire et pacifique, tristement gangréné par le fric et son corollaire la surmédiatisation, nous révèle que l’Angleterre, quoi qu’elle en dise, n’a pas résolu la situation de sa jeunesse socialement marginalisée qui ne voit dans le football  que le moyen de clamer son désespoir. Il ne suffit donc pas de l’exclure des stades de Première League pour répondre à une question de société qui dépasse le sport. De même l’Euro met en évidence l’émergence dans l’est européen  de groupes ultranationalistes, « tolérés » par les pouvoirs politiques et qui, tels des coucous, investissent le foot pour exprimer leur haine de l’autre et exalter leur idéologie néonazi.

C’est aussi la tactique du coucou qu’utilisent ceux que les médias nomment les casseurs. Ils prennent régulièrement part aux manifestations contre la loi El Khomri, notamment l’énorme défilé de Paris le 14 juin. Non pour revendiquer son retrait mais pour briser des vitrines et pour affronter les policiers qui en retour s’en prennent aux syndicalistes.  Comme par une sorte de hasard  cela permet au Premier ministre d’assimiler les vrais manifestants aux casseurs et de menacer d’interdire les manifestations alors qu’il s’agit d’un droit démocratique fondamental. Mais au fait qui sont ces casseurs qui servent si bien la cause du recul des libertés et des droits sociaux? Il est curieux que nos « experts » médiatiques, prompts à décortiquer le réel, soient incapables de les identifier! Pourquoi l’ordre n’est pas donné à la police de maitriser quelques centaines d’individus toujours les mêmes ?

Les effroyables meurtres de masse homophobes d’Orlando permette à Trump de tenter de rallier les américains apeurés par cette violence à ceux qui rêvent avec lui de  faire régner définitivement aux USA la loi de la jungle où chacun, armé jusqu’aux dents, pourraient laisser libre cours à la haine raciste et islamophobe, sexiste et homophobe. Quelle formidable régression démocratique cela serait pour un pays qui se présente comme celui de la liberté. De même l’abominable assassinat à leur domicile devant leur enfant, d’un couple d’officiers de police sert de prétexte en France à une hystérie sécuritaire, liberticide et islamophobe très loin de nos valeurs  républicaines. Voulons-nous ressembler à ceux qui n’ont d’autre ambition que de nous entrainer aux abymes de la barbarie ? Faut-il aussi penser que cette mise en cause de la démocratie servirait bien les desseins des oligarchies politico-financières qui nous gouvernent parce qu’elles ne supportent plus la résistance des peuples à leur domination ?

lundi 13 juin 2016

Pourquoi j’aime le foot.


Dans les milieux que je fréquente j’entends d’une façon répétitive et quelque peu exaspérante,  la même question : quand on est  intellectuel et de gauche comment peut-on aimer le foot ? J’ai beau invoquer  Gramsci, Camus ou Ken Loach qui ont dit des choses magnifiques sur le foot, rien n’y fait, le bébé est confondu avec l’eau sale de son bain. Trop d’argent et de médiatisation, d’instrumentalisation politique et de corruption,  de racisme et d’éviction des classes populaires dans les stades. N’en jetez plus ! Oui tout cela est vrai et moi aussi je ne supporte plus de voir à quel point le foot ne s’appartient plus, à quel point il est livré aux marchands du temple qui en font un vulgaire produit markéting à des fins mercantiles et géopolitiques. J’enrage de voir les instances gestionnaires et les gouvernements être les acteurs consentants de cette dérive capitaliste qui n’a plus de limites et qui abime la raison d’être de ce sport universel. Mais comment peut-on reprocher au foot d’être seul le relais des formes de domination et d’aliénation qui caractérisent nos sociétés en crise ? Le monde du foot en France, avec ses 12000 clubs et ses 2 millions de licenciés n’est pas socialement en suspension, mais il joue aussi un rôle positif auprès de la jeunesse des quartiers populaires. Car on l’ignore souvent,  le football, né de la révolution industrielle et de la culture ouvrière,  participe du processus  civilisateur exaltant les vertus cardinales des sociétés démocratiques. C’est à lui que l’on doit la canalisation de la violence car un match de football est un rituel qui tend à euphémiser l’affrontement entre les équipes et à en évacuer la violence avec des règles, des arbitres, un encadrement, dirigeants, entraineurs, capitaines. Il véhicule des valeurs, humanistes, le mérite individuel, l’égalité des chances, la possibilité pour chacun quel que soit son origine sociale, ethnique et géographique de se faire une place dans le monde. La passion pour ce sport, dans des stades qui sont les lieux d’une théâtralisation des rapports sociaux, cristallisent pacifiquement des identités collectives, celles des nations et des villes. Les styles de jeu métaphorisent la culture de chacune de ces communautés comme chaque joueur, son profil et ses qualités, offrent une gamme extraordinairement variée d’identifications possibles à chacun-e des supporter-e-s.
Loin d’être un opium du peuple, le foot anticipe et parfois accélère les aspirations émancipatrices de nos sociétés. On se souvient du rôle joué par le Barça dans la lutte contre le franquisme ou celui de l’équipe nationale algérienne dans le combat pour l’indépendance. On voit moins à quel point le football européen est aujourd’hui le reflet actif du métissage qui caractérise nos sociétés désormais multiculturelles : à une exception près toutes les équipes de l’euro 2016 sont composées, parfois majoritairement, de joueurs issus des immigrations récentes. Quel pied de nez aux Le Pen, Finkelkraut, Zemmour et quel formidable espoir pour demain !

lundi 6 juin 2016

L'Europe au risque du populisme


Le lâche soulagement qui a suivi la défaite d’un  cheveu du candidat FPO en Autriche ne doit pas nous affranchir d’une analyse lucide des dangers que les droites populistes  font peser en Europe. La diversité de ces forces n’empêche pas qu’elles se rejoignent sur les mêmes thématiques d’extrême droite :

  • Leur rejet des élites libérales et sociales- libérales qui dominent l’UE se fait avec la volonté de leur substituer des pouvoirs autoritaires et antisociaux avec le retour à des valeurs régressives et obscurantistes.
  •  Leur refus de l’Europe est fondé, non sur la nocivité des politiques d’austérité, mais sur les nationalismes et la haine des autres cultivant les divisions qui ont nourri des guerres.
  • leur volonté d’exclure les migrants et les réfugiés et de leur fermer l’accès aux systèmes sociaux, est toujours fondé sur le racisme, même s'ils sont justifiés désormais par des motifs économiques et culturels.

Des observateurs affirment que « le cordon sanitaire a tenu » en Autriche. Je ne le crois pas. En premier lieu parce qu’ils  oublient que l’Autriche a failli être le troisième pays européen après la Hongrie et la Pologne où un parti populiste parvient au pouvoir. Dans un silence médiatique ces deux pays mettent en cause l’État de droit, les libertés fondamentales et ont un comportement odieux vis-à-vis des réfugiés. En second lieu parce qu’ils se rassurent à bon compte et me font irrésistiblement penser à la blague de l’individu qui sautent du vingtième étage d’un immeuble et qui déclare en passant devant chaque balcon,  «  jusque-là tout va bien ! ».

Faut-il alors estimer irrésistible la montée du national-populisme en Europe ? Non bien sûr mais, pour s’y opposer avec succès, je ne pense pas qu’il faille s’en remettre à des rassemblements sans autre contenu que le refus des droites extrêmes. Le seul moyen d’enrayer la progression populiste est d’en finir avec les orientations austéritaires que l’Europe impose à chaque état membre. C’est la raison pour laquelle dans la plupart d’entre eux les populistes ont réussi à se présenter comme la seule alternative au libéralisme. Le piège est clair : réduire le paysage politique à un affrontement entre libéraux et populistes. Comment le déjouer? Surement pas en ralliant les libéraux, encore moins en inventant un populisme de « gauche », mélange de nationalisme anti européen, d’étatisme et de laïcisme d’exclusion. La seule voie possible passe par le rassemblement des forces de gauches et écologistes  qui refusent ce duo mortifère et veulent refonder l’Europe. Il faut faire reculer les angoisses sociales et les peurs identitaires en affrontant  la domination des marchés financiers et les dogmes consanguins libéraux et populistes. Il faut surtout redonner espoir aux peuples européens en refondant une communauté de destin sur des bases démocratiques, sociales, écologiques et culturelles.

« Un autre monde est possible et il est nécessaire»(Ken Loach) 

jeudi 26 mai 2016

La gauche debout !


L’avenir de la gauche et sa définition même sont en débat. Ecartons d’emblée E. Macron qui enfourche l’antienne éculée du rejet du clivage droite/gauche au profit d’une vision « non politique, rationnelle et efficace de la gouvernance ». Pas de chance pour lui, un sondage vient nous apprendre que 2 français sur 3 considèrent que la lutte de classes est une réalité  vivante qui oppose les détenteurs des biens et des privilèges à l’immense majorité rejetée dans la précarité. Le dossier que Le Monde  lui consacre  « Peut-on encore sauver la gauche ? » est quelque peu indigent. Il hésite entre une défense maladroite du hollandisme, une réduction banale de la gauche au Ps et de timides tentatives de redéfinition sans poser la question qui fâche : le rapport au capitalisme. François Hollande a défini la gauche dans un discours récent comme un équilibre précaire entre les exigences du capital et celle du travail. Il vient d’aller plus loin : sa référence à Schroeder cache mal désormais une autre, plus radicale, Thatcher, à qui il  emprunte le fameux TINA (« There Is No Alternative »). Il l’adresse à la gauche française en prétendant qu’elle n’a d’autre alternative que de rallier son panache libéral-autoritaire.

Eh bien non, la gauche ne peut se résoudre à cette caricature. Elle doit, comme le préconise Pierre Laurent dans un long entretien à l’Humanité se remettre debout et rassembler tous ceux qui ont refusé, hier, la déchéance de nationalité et aujourd’hui la loi El Khomri. Mais pas seulement. Il faut se remettre debout pour refonder son avenir. Car la gauche de demain ne peut plus être celle d’hier qui se résumait au ralliement des « masses populaires » à une union au sommet de partis politiques et au programme/compromis qu’ils parvenaient péniblement à écrire ensemble sans aucune garantie de son application.

Aujourd’hui la parole et l’intervention citoyenne qui s’expriment dans les luttes, les grèves, les manifestations, les pétitions comme dans les places de Nuit Debout, doivent faire irruption sur le terrain politique. Pas à la place ou contre les partis politiques mais à leurs côtés, à condition bien sûr qu’ils se ressourcent à l’aune de cette horizontalité citoyenne.

La gauche de demain doit relever la tête et cesser tout ralliement, honteux ou assumé, aux doctrines libérales comme à toutes les compromissions populistes, autoritaires et sécuritaires.

Le sort de l’humanité est en jeu. C’est en fonction de cet enjeu que la gauche doit se remettre debout autour de grandes valeurs émancipatrices. Elle doit rejeter la loi du profit et toutes les dominations, le tous contre tous, la compétition sauvage, les inégalités exacerbées et la violence banalisée. Entre aliénation et émancipation elle doit clairement choisir la seconde et construire dans l’égalité, la liberté et la fraternité, un monde de la mise en commun et du partage raisonné des ressources naturelles, du travail et des richesses produites, des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.