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lundi 24 mars 2014
vendredi 7 juin 2013
Le MUCEM, un rêve méditerranéen
J’ai eu le privilège mardi dernier de participer à l’inauguration de ce magnifique Musée des Cultures et des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) réalisé par l’architecte Rudy Ricciotti sur le môle J4 du port de Marseille face à la méditerranée.
Quel site magique et quelle beauté architecturale ! Nous pouvons légitimement être fiers d’appartenir à une civilisation encore capable d’offrir à tous un territoire de pensée et de poésie, un lieu de transmission de notre mémoire, de notre savoir et notre imaginaire, un espace du débat et du dialogue des cultures entre l’Europe et la méditerranée. Un Musée pour la méditerranée qui ambitionne d’être citoyen et populaire.
La méditerranée est en effet le berceau des civilisations qui ont fait ce que nous sommes devenus. C’est notre passé, fait tout à la fois d’ombres, celles des dominations qui s’y sont succédées et de lumières notre extraordinaire héritage artistique, culturel et citoyen. L’exposition « le Noir et le Bleu un rêve méditerranéen» qui ouvre le Musée, est passionnante à cet égard. La méditerranée c’est aussi notre avenir si nous sommes capables de construire ensemble d’une rive à l’autre, un espace de paix et de fraternité, de codéveloppement économique, social et écologique. Un avenir rejetant toute forme de néocolonialisme et de racisme, promouvant la culture dans sa diversité excluant les obscurantismes et les intégristes, faisant le pari de la création, soutenant toutes les avancées démocratiques au Sud et en Orient, ces printemps arabes qui en ont bien besoin, mais aussi au Nord avec le combat que nous menons pour ressourcer une démocratie européenne très sérieusement mise à mal par les oligarchies financières.
J’aurai pu quitter le MUCEM le cœur rempli d’espoir si je n’avais pas entendu le discours du Président de la République.
Quel manque de souffle et d’ambition pour l’avenir commun à tous ces peuples qui bordent la méditerranée que F. Braudel nommait notre « mer intérieure ».
Quelle vision étroite de la culture, réduite au rang de supplétive d’une économie défaillante, simple levier pour l’économie touristique et facteur de « compétitivité » dans un monde qu’il ne conçoit que régit par la marchandise et la concurrence.
Quel abaissement du rôle d’un chef d’Etat lui qui n’a eu d’autre préoccupation que de nous détailler sa « boite à outils » si peu efficace en faveur de l’emploi ou encore de tenter de convaincre des élus majoritairement hostiles, que la métropole était le sésame unique pour faire de Marseille et de la Provence un territoire « compétitif » à l’échelle mondiale.
Mahmoud Darwich, ce grand poète palestinien qui était venu nous rendre visite très peu de temps avant sa mort avait prononcé une phrase qui m’est restée en mémoire : « lorsque la politique est dénuée de culture et d’imaginaire elle est condamnée à l’ordre du conjoncturel ».
mardi 17 mai 2011
Intervention liminaire d’ALAIN HAYOT au Forum du Front de Gauche sur la culture
Vous l’avez sans doute lu, des magazines à vocation culturelle, les Irockuptibles et Télérama, pour ne pas les nommer ont parlé du « vide sidéral » de la gauche en matière culturelle. Ils faisaient explicitement référence au programme du Parti socialiste. On peut leur reprocher de ne regarder que d’un seul côté de la gauche, mais là n’est pas l’essentiel car ils ont mis le doigt sur un problème réel. Je veux les rassurer : le Front de Gauche a une conscience aigüe de cet enjeu. Le Parti communiste, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire sont au travail avec d’autres. Des collectifs cultures réfléchissent au sein de chacun des partis, les communistes tiennent, en partenariat avec Espaces Marx, un séminaire sur les rapports entre culture et politique et nous avons créé ensemble un « Front de Gauche de la Culture » réunissant très largement ceux qui se sentent concernés par l’avenir des politiques publiques de l’art et de la culture.
Ce soir, nous allons mettre en musique les premiers résultats de cette réflexion collective. Nous vous avons distribué un texte, qui vous propose « une nouvelle ambition politique pour l’art, la culture et l’information». Il s’agit en quelque sorte d’un texte « martyr » destiné à être débattu, critiqué, enrichi. Ce premier forum national sera suivi, nous l’espérons, d’autres dans les régions.
Il s’agit de vous associer à l’élaboration du « programme partagé du Front de Gauche » en vue des prochaines échéances. Mais pas seulement. Au-delà, nous avons une grande ambition, refonder le rapport de la gauche à l’art et à la culture.
Ce forum, nous l’avons imaginé comme le point de départ d’une co-élaboration citoyenne à travers les chantiers qui vous sont soumis : le texte en dénombre 7 et il y en a probablement d’autres. A vous de nous le dire. De la refondation du service public de la culture à la construction d’une mondialité culturelle, du rétablissement d’un lien étroit entre le soutien à la création et la démocratie culturelle, à la définition claire du partenariat entre l’Etat et les collectivités, du combat contre toutes les formes de marchandisation et de soumission à l’argent de la culture, des médias et de l’Internet, à la question clé des moyens d’une telle politique, le chantier est considérable mais il est urgent et décisif pour la gauche de l’ouvrir.
En introduction à ce débat, je voudrais insister sur quelques idées forces qui traversent ce texte.
- 1) La culture n’est pas une thématique parmi d’autres de l’action publique c’est celle qui en donne le sens. Elle est donc transversale à toutes les politiques publiques. Pour la gauche la culture, pour reprendre Marie-José Mondzain, est la condition de la politique, parce que notre projet se fixe pour ambition de changer la société et la vie, de promouvoir l’émancipation humaine, la préservation de la nature et d’opérer une véritable révolution citoyenne qui remette le pouvoir entre les mains du peuple.
- 2) Soutenir la création et l’innovation, garantir la liberté artistique comme celle de la pensée sont les moteurs d’une politique culturelle de gauche. Et face à la régression sarkozyste, il nous faut impérativement, repenser et relancer ces moteurs-là. Dans un même mouvement, il est absolument nécessaire et urgent de revenir sur la rupture qui s’est progressivement instaurée entre la création et l’éducation populaire, entre l’art et l’action socio-culturelle. C’est un enjeu majeur pour réactiver notre ambition démocratique en la matière. Ce qui nous amènera sans doute à retravailler les conditions de production, de diffusion et d’appropriation sociale de l’acte artistique.
- 3) La culture est une dimension majeure du rapport à l’autre, du vivre ensemble dans une société qui doit reconnaître le pluralisme et la diversité des expressions culturelles, dans notre pays comme à l’échelle de l’Europe et du « tout monde » pour reprendre l’expression d’Edouard Glissant.
- 4) La culture enfin est devenue un enjeu majeur du développement économique et social de nos sociétés. Peu de gens le savent mais elle représente désormais dans un pays comme le nôtre, 4 % de la richesse produite. Ce constat doit nous amener à prendre deux décisions.
- Consacrer des moyens publics nouveaux en faveur, de l’art et de la culture. Nous mettons en débat la proposition chère à Jack Ralite de consacrer 1 %, non du budget de l’Etat, mais du PIB de la nation à la culture. Cela représentera une augmentation d’environ 1/3 des budgets publics actuels, Etat et collectivités confondus.
- Apporter un soutien plus fort au développement d’une économie alternative de la culture afin de l’affranchir du poids des puissances financières et industrielles. Cela concernera en particulier l’économie du livre, du disque du cinéma et de l’audiovisuel.
Vous l’avez compris, il s’agit contre toutes les formes d’endormissements de la pensée de contribuer à ce que la gauche retrouve les chemins de l’imaginaire, du sensible, du rêve, de l’utopie afin de rouvrir l’espoir d’un autre monde.
mardi 19 avril 2011
Déclaration à propos de l’attentat contre la Collection Lambert à Avignon
La croisade des catholiques intégristes contre la Collection Lambert à Avignon vient d’être marquée par un acte d’une gravité extrême : 2 œuvres dont le « Piss Christ » d’Andres Serrano ont été détruites par des individus à la suite d’une manifestation haineuse dont les slogans puisaient dans le répertoire de l’inquisition médiévale.
C’est un acte barbare, au caractère totalitaire qui met en cause la liberté de création artistique et au-delà les libertés d’opinions et d’expression. Il est proprement scandaleux que le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand ait cru devoir atténuer sa dénonciation de ces actes en prétendant que l’œuvre pouvait choquer.
Or la mission de l’art est aussi de choquer, de provoquer, d’interroger et d’interpeller la société. Un tel climat de haine s’inscrit dans l’air du temps obscurantiste et populiste provoqué et entretenu par Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, l’UMP et le FN contre la République, la laïcité et la liberté de penser.
« Il est encore fécond le ventre d’où a surgi la bête immonde » aurait dit Bertolt Brecht.
Le Parti Communiste condamne avec la plus extrême vigueur cet acte et exige que ces responsables soient poursuivis. Il nous semble aussi nécessaire que toutes les mesures soient prises pour que la Collection Lambert puisse poursuivre son exposition y compris comme le souhaite son directeur en montrant les œuvres saccagées comme témoin de notre refus de la barbarie.
lundi 11 avril 2011
Éviction d'Olivier Py du Théâtre de l'Odéon
«La montée de l’arbitraire va de pair avec le désengagement de l’État»
Le ministre de la culture vient de procéder à l’éviction d’Olivier Py de la direction du théâtre de l’Odéon, contre l’avis du conseil d’administration de ce théâtre national, au mépris de tous les usages professionnels, et sans qu’aucun grief puisse être retenu à son encontre. Un an avant la fin d’un mandat que chacun s’accorde à considérer comme exemplaire, ce « fait du prince » révèle l’atmosphère de fin de règne que l’on respire dans les allées du pouvoir.
En quatre ans Olivier Py, tout en développant son œuvre personnelle, a toujours veillé à l’ouverture aux jeunes artistes, au renouvellement des publics, à sa mission de pédagogie et au renouvellement des formes d’appropriation de la création par tous. Ajoutons qu’il n’avait pas la langue dans sa poche ! Motif qui nous paraît au moins aussi sérieux que son inimitié supposée avec l’actuel ministre.
Ce limogeage inattendu, contre l’avis des membres du Conseil d’administration du Théâtre national de l’Odéon, vient à la suite d’autres mesures comme la nomination surprise de Macha Makeiff au Théâtre de la Criée de Marseille, alors que Catherine Marnas s’était vu promettre ce poste, ou la nomination surprise, annulée depuis, d’une directrice surnuméraire au Théâtre national de Chaillot...
Nous assistons à un étonnant parallèle : la montée de l’arbitraire va de pair avec le désengagement de l’état. Plus le ministère de la culture se désengage de ses missions, plus il se livre à l’arbitraire des nominations dans l’opacité. En réalité, sa mission première est d'opposer les professionnels de la culture entre eux !
Il est urgent de refonder une politique culturelle qui articule le soutien sans faille à la création avec le souci permanent de son partage par tous, une politique de la culture où la démocratie et la transparence iraient de pair avec l’affirmation de la responsabilité publique.
Le Parti communiste français, au sein du Front de Gauche, s’y emploie.
Alain Hayot
Responsable des questions de Culture pour le PCF
Paris, le 11 avril 2011.
jeudi 7 avril 2011
Soutien à la pensée de midi
Ayant été à l’origine du partenariat entre la Région et la Pensée de Midi au Festival d’Avignon, auquel votre lettre ouverte à la Région fait référence, je veux exprimer mon étonnement et ma réprobation devant le retrait de la subvention régionale à la Pensée de Midi. Mon soutien vous est acquis et au-delà mon action quotidienne d’élu.
Je suis intervenu lors de la dernière séance plénière du Conseil Régional pour dire mes inquiétudes vis-à-vis de la politique régionale actuellement conduite en matière culturelle faisant explicitement référence, entre autre, à la suppression de l’aide régionale à votre revue.
Je continuerai d’agir avec mon groupe du Front de Gauche pour que notre majorité régionale se ressaisisse sur cette question.
J’ai rappelé lors de cette intervention que face à la violence des attaques de la droite contre l’art et la culture et face aux résurgences du populisme et des monstres du passé, la culture était pour la gauche, la condition de la politique, surtout quand celle-ci se donne pour ambition l’émancipation humaine et le dépassement de toutes les formes de domination et d’aliénation.
La culture n’est pas un secteur parmi d’autre de l’action publique c’est ce qui en donne le sens. La crise de la politique est d’abord éthique et culturelle. Retrouver les chemins de la citoyenneté nécessite d’emprunter ceux de l’utopie. Merci aux femmes et aux hommes du Sud de la méditerranée de nous le rappeler.
Alain HAYOT, Sociologue et Conseiller Régional Ancien Vice-Président à la culture de la Région PACA Président de la commission de l’aménagement du territoire, Délégué national du PCF à la culture
Culture : une nouvelle ambition politique avec le Front de Gauche
Front de Gauche
Pour l’Art, la Culture et l’Information
Projet de texte d’orientation pour un programme populaire partagé
Culture : une nouvelle ambition politique
Le Front de Gauche affirme son ambition résolue de mettre l’art, la culture et l’information au cœur de son projet politique de transformation sociale, d’émancipation humaine, de révolution citoyenne et de planification écologique.
La culture n’est pas une thématique parmi d’autres. Elle donne le sens global de l’action publique et elle mobilise des acteurs qui occupent une place éminente dans le tissu éducatif, social, économique et médiatique.
Plus fondamentalement nous sommes convaincus que la création artistique, l’action culturelle, l'éducation populaire mais aussi la libre circulation des informations et des idées au même titre que la production et la diffusion des savoirs et des connaissances et leur appropriation par le peuple, sont des enjeux politiques majeurs pour ceux, comme nous, qui portons l’ambition d’une transformation progressiste de notre société.
L’art en contribuant à renouveler notre regard sur les choses et sur le monde, en faisant que nous acceptons d’être « dérangés » nous aide à accueillir les différences, la diversité, l’étonnement, l’interrogation, en cela il contribue à lutter contre les postures conservatrices, de repli, de crainte de l’autre.
Comment redonner à l’art l’exercice plein et entier de sa liberté pour qu’il nous aide à construire de nouveaux horizons ? Comment retrouver ce lien essentiel entre la création et l’appropriation populaire des œuvres et des pratiques artistiques ?
Comment remettre la démocratie culturelle, l’éducation populaire au cœur des avancées sociales ?
Comment convaincre que l’enjeu culturel concerne tout le monde, pas seulement les acteurs culturels ?
Comment convaincre que le social ne peut être dissocié du culturel, qu’il faut cesser de les opposer dans les arbitrages budgétaires ?
Peut-on sérieusement envisager de rompre avec le capitalisme, le libéralisme et toutes les formes de domination et d’aliénation sans investir le champ du sensible, de l’imaginaire et du symbolique ?
La reconquête politique et idéologique des classes populaires ne passe t-elle pas pour une part importante par là ?
Il s’agit aussi de mettre en débat les alternatives permettant de nommer les souhaits communs de celles et ceux qui rêvent d’un nouveau monde. Nous voulons faire de la culture un moteur de la transformation sociale et du respect de la diversité culturelle, un élément constitutif d’une nouvelle politique de développement humain, pour contribuer à construire un « autre monde ». Les forces de la création, conjointement à celles du travail, ne doivent-elles pas engager le combat contre les mots et les normes que cette société capitaliste financière essaye de modeler à l’image de son fonctionnement en imposant ses seuls critères quantitatifs et concurrentiels à tout le champ des activités humaines ?
L’élaboration des réponses à ces questions est d’autant plus urgente que le mouvement culturel est en prise avec les ruptures régressives que tente de lui imposer le sarkozysme.
Contrairement à une idée répandue le pouvoir actuel a un projet culturel. Il commence par une offensive contre le service public de la culture et les politiques mises en place depuis la libération et le CNR, institutionnalisées et généralisées après la création du ministère en 1959 et accompagnées depuis par les collectivités territoriales.
C’est en effet :
- Toujours plus de difficultés pour les professionnels des arts, du spectacle et de l’audiovisuel pour se maintenir dans l’emploi ;
- La RGPP et les désengagements financiers qui réduisent le périmètre de l’action publique du ministère et de ses directions régionales ;
- La réforme territoriale qui menace de mettre en danger les financements croisés des collectivités en faveur des arts et de la culture, des enseignements artistiques, de l’action culturelle et de l’éducation populaire…
À cela s’ajoute depuis peu le procès en élitisme instruit à l’encontre des artistes et de l'ensemble des acteurs culturels accusés d’intimider le peuple et d’être responsable de l’échec de la démocratisation culturelle, encore faut-il mesurer en quoi réside cet échec et s’il est aussi avéré qu’on veut nous le faire croire.
Confronté à la raréfaction de l’investissement public qu’il organise, il tente d’instrumentaliser l’art et la culture à des fins de paix sociale en théorisant autour d’une « culture pour chacun » devenue « culture partagée » qui n’aboutit en fait qu’à enfermer des groupes sociaux entiers dans « leur » culture supposée, au lieu d’ouvrir largement, le partage et l'appropriation par toutes et tous de toutes les cultures.
En fait, il s’agit de maintenir la paix sociale fortement mise à mal par les politiques néolibérales. Nous sommes bien dans la logique d’une droite décomplexée dans le champ culturel comme dans tout ce qui touche à l’humain : amoindrir la puissance publique au profit des intérêts mercantiles, casser les solidarités au profit d’une segmentation et d'une division du peuple.
Le projet culturel du pouvoir veut se construire sur les ruines du service public selon trois ordres :
L’ordre de l’argent en poussant les feux de la marchandisation de l’art et de la culture dans une vision consumériste où l’individu prétendu libre est seul face au marché des « produits » culturels. Certains rêvent même de substituer à l’actuel ministère de la culture un ministère de l’économie et des industries culturelles.
L’ordre moral autour de l’identité nationale et ses avatars, une vision passéiste et mercantile du patrimoine, le retour aux valeurs conservatrices du repli sur soi, du rejet de l’autre et de la diversité culturelle. La réalisation de la Maison de l’Histoire de France s’inscrit dans cette démarche.
L’ordre du jeu d'argent et du tout divertissement en privatisant les médias audiovisuels et le web autour du moins disant culturel, de la dictature de l’audimat et de l’omniprésence de la publicité.
« Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve » écrivait Hölderlin. Le temps de la résistance ne peut se concevoir aujourd’hui que dans le temps de la rupture et de la reconstruction d’une alternative à ce monde vermoulu par l’argent, la concurrence entre les individus, la peur et la haine de l’autre.
C’est pourquoi, à ce renversement réactionnaire de perspective, à ce tournant doctrinal impulsé par la droite, le Front de Gauche propose de soumettre au débat d’élaboration d’un projet culturel de gauche plusieurs ambitions fortes qui pourraient déboucher sur une loi d’orientation et de programmation pour les arts et la culture :
Refonder en le transformant notre service public de l’art et de la culture en donnant un nouvel essor aux politiques publiques d’aide à la création artistique. L’art n’est pas intimidant en soi, il est indispensable à toute visée émancipatrice et il a besoin de liberté et de moyens accrus. Nous réaffirmons la responsabilité nationale de l'État à l’égard de la création et la nécessité d’une intervention publique forte dans le même temps, pour créer les conditions de son partage par le plus grand nombre, ce qui passe par une augmentation significative du budget « culture ».
Fixer le cadre réglementaire d'une compétence partagée entre l'État et les collectivités territoriales au sein d'une décentralisation démocratique leur garantissant des moyens nouveaux. Sur la base d’une vaste débat national et décentralisé, en particulier grâce à la mise en place des conférences régionales permanentes pour l’art et la culture, nous lancerons le chantier de la redéfinition des finalités et des moyens des dispositifs d’aide à la création, les statuts et les cahiers des charges des établissements culturels, la progression des droits sociaux des professionnels des arts et de la culture, les formes et les moyens de l'action culturelle, l'éducation artistique à l'école, la place de l'art dans l'espace du travail comme dans celui de la ville, ainsi qu'auprès des publics « empêchés » (hôpitaux et prisons...)
Réaffirmer le lien étroit entre les politiques de soutien à la création et notre ambition majeure de démocratie culturelle. Nous donnerons un nouvel élan à l’éducation populaire et à l’action culturelle qui permettent à chacune et à chacun, singulièrement dans les classes sociales écartées des voies classiques d’accès à la culture, de s’approprier et/ou de produire à l’école, les œuvres et les pratiques artistiques, dans les entreprises, dans les villes et les territoires, de s’exprimer au sein de pratiques innovantes, de s’épanouir dans le vivre ensemble, l’ouverture aux autres et la solidarité de tous.
Renforcer l’intervention publique permettant de maintenir l’art et la culture dans l’exception aux règles de la concurrence libre et non faussée par le développement des outils publics de création et de diffusion.
Conforter en l’affranchissant des puissances de l’argent notre économie et nos industries de la culture. Il s’agit de soutenir l’émergence d’une économie sociale, solidaire et durable, contre la domination des grands majors du cinéma de la musique et de l'édition, contre la toute puissance du marché de l’art sur les arts visuels et plastiques, pour défendre une édition, une distribution et une diffusion indépendantes de production, de distribution et de diffusion des œuvres artistiques dans toutes leur diversité.
Encourager le pluralisme de la création cinématographique et audiovisuelle par une réforme du fonds de soutien, permettant une meilleure redistribution, une augmentation de l’avance sur recettes et des aides sélectives à la diversité et à la coopération culturelles.
Promouvoir un Internet libre, interactif et citoyen par la mise en place d’un service public d’accès aux réseaux, des plateformes publiques de téléchargement tout en garantissant les droits et les rémunérations des créateurs et des auteurs, contre la fracture numérique et la « googlelisation » de cette formidable révolution technologique au potentiel émancipateur considérable.
Développer une politique des médias et de l’information qui s’appuie sur le triptyque liberté, démocratie et culture. Permettre aux citoyens de se former à une lecture critique des médias via l’école, les universités et l’éducation populaire. Il s’agit de soustraire les médias à la domination des pouvoirs politiques et économiques et pour cela en premier lieu relancer les dispositifs anti-concentration concernant les grands organes de presse, de télévision et sur internet dans le but de promouvoir le pluralisme des idées et de la création. Nous reconstruirons un service public de l’audiovisuel, de la production à la diffusion, associant les salariés et leurs représentants, les usagers et les élus à sa gestion, à l’évaluation des missions de service public et aux nominations. Le CSA sera démocratisé, sa composition sera modifiée, ses compétences élargies pour une appréciation qualitative des programmes audiovisuels, notamment ceux aidés par les pouvoirs publics et donner à ses sanctions un caractère réellement dissuasif. Les radios et télévisions à but non lucratif seront développées et financées par un fonds de soutien à l’expression audiovisuelle. A une époque où chaque citoyen regarde la télévision environ 3heures et demie par jour, celle-ci doit pouvoir affirmer sa triple fonction à vocation civique: information, divertissement, et culture. Il faut réaffirmer la vocation des pouvoirs publics à réguler le secteur de l’audiovisuel, à sauvegarder la dimension créatrice des programmes de télévision, à défendre l’indépendance des auteurs et des producteurs et à maintenir une offre diversifiée d’œuvres de qualité.
Redéfinir une politique d’aide à la presse permettant de l’affranchir du pouvoir des puissances industrielles et financières, de garantir l’indépendance des journalistes et des rédactions, le pluralisme politique, idéologique et culturel.
Relancer, au plan européen et international, notre combat pour le respect des principes de l’exception culturelle en agissant pour la mise en application effective de la Convention UNESCO de 2005 sur la diversité culturelle et la prééminence de ses principes sur les règles de l’OMC.
Le gouvernement et le parlement engageront cette grande ambition dans le cadre d’un vaste débat public, national, décentralisé et ouvert à tous les acteurs culturels comme à l’ensemble des citoyens. Celui-ci portera tout à la fois sur le sens de cette politique culturelle comme sur les moyens nécessaires à sa réalisation.
Paris le 4 mars 2011.
vendredi 25 mars 2011
Marseille-Provence 2013 : Il est encore temps de se ressaisir !
Par Alain HAYOT,
La vraie-fausse démission de Bernard Latarjet de son poste de directeur général de Marseille-Provence 2013 n’est peut-être qu’un non évènement si l’on en croit ses principaux responsables. Cette personnalité est pourtant devenue, à juste titre, le symbole de ce projet et sa prise de distance est significative d’un malaise autour de la capitale culturelle européenne.
Ce malaise, soyons clairs, n’est pas dû comme le prétendent certains, à une opposition entre une province méprisée et des proconsuls parisiens. Cela serait trop facile à résoudre. Les problèmes sont malheureusement plus compliqués.
Ce malaise, soyons clairs, n’est pas dû comme le prétendent certains, à une opposition entre une province méprisée et des proconsuls parisiens. Cela serait trop facile à résoudre. Les problèmes sont malheureusement plus compliqués.
En premier lieu, il y a un fossé de plus en plus grand entre la situation du mouvement culturel régional et l’ambition légitime que porte ce projet. L’Etat peu présent dans le budget initial de MP 2013 poursuit son désengagement vis-à-vis des structures culturelles locales comme il le fait partout en France. Il espérait bien qu’ici ce désengagement serait compensé par l’apport des collectivités territoriales au projet. Or celles-ci, confrontées à des problèmes budgétaires considérables du fait même de l’Etat, choisissent elles aussi, et je le déplore, de réduire leur soutien à la culture. Elles avaient pourtant pris l’engagement auprès des instances européennes au moment du choix de la capitale culturelle, de ne pas recourir à la technique des vases communicants entre leur budget culturel récurrent et celui qu’elles allaient consacrer à Marseille-Provence 2013. Or elles le font désormais massivement. Ainsi le budget de la Région consacré à la culture pour 2011 est en recul très sensible.
En outre, la volonté des communes et intercommunalités principales de MP 2013 (Marseille, Aix, Toulon) d’obtenir un retour intégral sur leur investissement aboutit au retrait de Toulon, aux menaces permanentes d’Aix d’en faire de même, au comportement hégémonique de la ville-mère Marseille où la politique culturelle traverse une crise très grave due à des choix politiques et budgétaires dont la quasi-totalité des structures marseillaises font les frais. Des musées à l’Alcazar, du Centre International de la Poésie aux compagnies théâtrales et même à l’Opéra, la vie culturelle marseillaise est sinistrée. Drôle de façon de se préparer pour 2013.
Enfin, la mobilisation des entreprises locales est très faible. Elles sont plus promptes à dénoncer l’action syndicale sur le port ou ailleurs qu’à se mobiliser pour réussir 2013. Sans doute sont-elles aussi sceptiques sur le retour de leur investissement.
Résultat : il semble bien que nous soyons passés de l’enthousiasme à la désillusion. Sur 2200 projets déposés, seuls 600 sont préprogrammés, ce qui ne veut pas dire qu’ils le seront finalement. Le désenchantement gagne un mouvement culturel marseillais et régional qui y a cru et s’est admirablement mobilisé autour de projets artistiques de grande qualité.
Quant à la mobilisation populaire autour de 2013, tout le monde peut faire le constat qu’elle n’a jamais été sollicitée. De quoi et de qui a-t-on peur ? On en aurait pourtant grand besoin pour retrouver l’enthousiasme et pour que les moyens de la réussite soient conjointement dégagés par l’Etat, les collectivités et les entreprises.
Il est encore temps de se ressaisir. Nous sommes très nombreux à vouloir la réussite de Marseille-Provence 2013.
J’appelle à une prise de conscience générale, au rassemblement de tous, institutions, forces vives de la ville et de la région, à se mobiliser. La tenue d’assises citoyennes autour de Marseille-Provence 2013 peut contribuer à relancer cette belle aventure.
Ayons l’ambition de faire à Marseille et en Provence une grande capitale européenne de la culture en 2013, qui favorise l’expression artistique d’ici et d’ailleurs, le dialogue des cultures en Méditerranée, la rencontre entre nos populations dans leurs diversités avec l’art, l’imaginaire et le rêve. On en a bien besoin.
Alain HAYOT, Délégué national du PCF à la culture, Conseiller Régional (Front de Gauche) Provence-Alpes-Côte d’Azur, Ancien vice-président à la culture de la Région, et à ce titre membre du CA de MP 2013 jusqu’en 2010
vendredi 4 mars 2011
Intervention d’Alain HAYOT sur les questions culturelles à l’Assemblée plénière du vendredi 18 février 2011
Comme l’a dit Gérard Piel, le Président du Groupe Front de Gauche, lors de son intervention sur le budget, la baisse du soutien à la culture, la remise en cause du financement de plusieurs opérations, nous inquiète sérieusement.
La culture n’est pas un secteur parmi d’autres de l’action publique. Elle en donne souvent le sens global et participe activement à notre ambition émancipatrice au service de tous au même titre que l’éducation ou la recherche.
L’art et la culture subissent actuellement des attaques sans précédent de la part du gouvernement. Sous prétexte de lutter contre l’élitisme il prétend défendre une culture pour chacun au détriment de l’appropriation par tous de toutes les cultures. Chacun dans son quartier, dans sa communauté, dans sa religion. En réalité sa politique conduit à en faire de vulgaires marchandises, des « produits culturels » qu’il livre aux appétits des grands groupes industriels et financiers. En même temps il démantèle systématiquement les politiques publiques de la culture, le ministère lui-même et ses directions régionales. Faisant cela il amoindrit la puissance publique au profit des intérêts mercantiles, il casse les solidarités au profit d’une segmentation et d’une division du peuple, il favorise la production en série d’une culture au rabais.
Face à cette situation notre inquiétude est à la hauteur de celle du monde de la culture. Comme le répète souvent mon ami Jack Ralite, « lorsqu’un peuple abandonne son imaginaire aux affaires il se condamne à des libertés précaires ». J’ajouterai qu’il ouvre ainsi la porte à toutes les barbaries, à tous les replis identitaires et à des reculs de civilisation.
C’est pourquoi, notre groupe pense qu’il est de la responsabilité des collectivités territoriales surtout quand elles sont dirigées par des majorités de gauche de résister, de refuser d’accompagner si peu que ce soit cette véritable régression de civilisation à laquelle nous assistons. N’oublions pas que sur 10 milliards d’euros de dépense publique en faveur de la culture 7 sont assumés par les collectivités. D’ailleurs les français eux-mêmes résistent : jamais les théâtres, les expositions, les concerts de musique, les cinémas n’ont connu de telles affluences.
Savez-vous qu’il y a eu plus de monde dans les théâtres marseillais au terme de la dernière saison que de spectateurs au stade Vélodrome ? Savez-vous que jamais la poésie des rappeurs et des slammeurs n’a eu autant de succès chez les jeunes des quartiers populaires ? En outre, la culture est un formidable gisement d’innovation et d’emploi ; en PACA la filière culturelle offre plus d’emplois que la filière aéronautique et la part de la culture dans le PIB est supérieure à 3 %.
Mais sur un plan plus fondamental, la crise de sens, la perte de repères, le déficit de confiance à l’égard de la politique qui nous inquiètent tant, imposent que nous soyons attentifs au fait que la culture est plus que jamais la condition de la politique surtout quand la politique se fixe comme ambition forte l’émancipation humaine, l’écologie sociale et la démocratie citoyenne. En d’autres termes la culture est la condition d’une politique de civilisation pour reprendre l’expression d’Edgar Morin.
Pour ne prendre que quelques exemples parmi d’autres, mettre en cause l’existence de structures culturelles, comme le Chœur Régional, de revues littéraires comme la Pensée de Midi ou encore d’espaces de débats d’idées comme les Rencontres d’Averroès nous semblent particulièrement inappropriés et brouillent le message de résistance que nous adressons à juste titre à nos concitoyens de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Monsieur le Président, je voudrais vous faire part du désarroi des acteurs culturels, j’en appelle à votre arbitrage et à votre sensibilité que j’ai pu apprécier durant le précédent mandat afin que nous redressions la barre lors du prochain budget supplémentaire.
Frédéric Mitterrand ou l’art de la repentance
Après avoir défendu, lors d’une émission télévisée de grande écoute, la dictature de Ben Ali qualifiée de non « univoque » ( !?) Frédéric Mitterrand dans un texte publié en Tunisie s’excuse platement auprès de ses amis tunisiens de les avoir blessés. C’est facile et l’histoire jugera ces rapports étroits que beaucoup d’hommes de droite mais aussi de gauche ont entretenus avec le Benalisme.
Mais puisque Frédéric Mitterrand, contrairement à son ami Nicolas Sarkozy, cultive l’art de la repentance, je voudrais lui suggérer de préparer dès aujourd’hui l’acte de contrition qu’il ne manquera pas de commettre quand l’épisode Sarkozy sera, derrière nous.
Il pourrait ainsi s’excuser :
- D’avoir démantelé le Ministère de la Culture préparant sa disparition et son remplacement par un Ministère de l’Economie et des Industries Culturelles si l’on en croit son ancien directeur adjoint de cabinet devenu depuis peu conseiller culturel du Président de la République.
- D’avoir osé accuser les artistes d’intimider le peuple et ainsi d’être responsable de l’échec de la démocratisation culturelle.
- D’avoir vendu notre patrimoine bâti à l’encan par exemple l’hôtel de la Marine à Paris en passe de devenir un lieu dédié aux marchands du temple minuscule pardon de l’art-marchand.
- D’avoir fait voter les lois qui accélèrent la répression contre les internautes et la googlebisation de notre patrimoine écrit en garantissant la rémunération des grandes entreprises culturelles mais pas forcément celles des auteurs et des créateurs.
- D’avoir docilement, dans le sillon creusé par Brice Hortefeux et Eric Besson, mis en scène la théorie sarkozienne de l’identité nationale en réalisant la Maison de l’Histoire de France au détriment de notre mémoire collective, les Archives Nationales. Au fait peut-être regrettera t-il, de n’avoir pas pensé installer son Musée dans l’Hôtel de la Marine, garde meuble de Louis XV qui était pourtant un élément majeur de l’identité nationale, celle de la monarchie absolue.
- D’avoir décidé que Céline ne méritait ni célébration (ce que tout le monde peut approuver compte tenu de son antisémitisme virulent), ni débat d’aucune sorte même contradictoire ce qui relève qu’on le veuille ou non d’une forme de censure à l’égard d’un écrivain qui aura marqué la littérature mondiale.
- D’avoir été par contre silencieux lorsque l’on interdit de parole publique, Stéphane Hessel, Régis Debray à Paris, Leïla Shahid à Marseille ou bien encore lorsqu’on a intimé à Marie N’diaye l’ordre de se taire.
Mais peut-être Frédéric Mitterrand considère t-il que le rôle d’un Ministre de la Culture n’est plus comme le voulait André Malraux de « penser le 21e siècle » mais d’être un bateleur de foire, le Monsieur Loyal d’une émission de télé réalité dont l’objet serait de célébrer l’endormissement de la pensée, la vente de notre imaginaire et la fin de nos libertés.
Malheureusement pour lui cette émission ne pourra plus être tournée à Hammamet ou à Carthage. Marrakech peut-être ?
jeudi 24 février 2011
A propos de la délibération sur les cadres d’interventions culturelles
Quelques mots sur cette délibération qui traite des cadres d’interventions culturelles.
Nous avons déposé un amendement commun aux groupes Front de Gauche et Europe Ecologie-Verts sur les médias et la presse alternatives dont nous souhaitons l’adoption.
En outre, le Front de Gauche est très interrogatif sur la liste des structures non éligibles au dépôt de projets culturels relevant de la solidarité régionale.
Comment peut-on à la fois affirmer que la Région veut dans ce cadre accorder une attention particulière aux territoires prioritaires de la politique de la ville ou à la valorisation de la diversité des cultures tout en excluant les villes et les agglomérations de plus de 100000 habitants ce qui écarte de fait la majorité des grands quartiers populaires de notre région ?
Dans le même ordre d’idée comment peut-on exclure les professionnels du secteur culturel aidés de manière récurrente s’ils font des efforts pour aller à la rencontre des populations de ces quartiers.
Au-delà, je veux réaffirmer que le groupe Front de Gauche sera vigilant quant au maintien de l’effort de la Région en faveur du monde de la création et de l’action culturelle. Nous devons refuser de nous inscrire dans les nouvelles orientations de l’Etat qui tout en organisant son désengagement financier et le démantèlement du service public de la culture veut désormais opposer la culture pour chacun à la culture pour tous et la culture populaire à celles des artistes.
La culture populaire sans l’art et les artistes c’est à terme condamner notre peuple à la star’ac, la télé réalité, les concours de miss.
La culture populaire pour nous c’est autre chose, c’est permettre à chacun de partager et de s’approprier les œuvres et les créations humaines afin de participer à l’émancipation de tous.
C’est ce projet, commun à André Malraux comme à Jean Vilar dont nous allons célébrer en 2011 le 30e anniversaire de la mort, qui fonde l’originalité des politiques publiques de la culture dans notre pays.
Nous avons déposé un amendement commun aux groupes Front de Gauche et Europe Ecologie-Verts sur les médias et la presse alternatives dont nous souhaitons l’adoption.
En outre, le Front de Gauche est très interrogatif sur la liste des structures non éligibles au dépôt de projets culturels relevant de la solidarité régionale.
Comment peut-on à la fois affirmer que la Région veut dans ce cadre accorder une attention particulière aux territoires prioritaires de la politique de la ville ou à la valorisation de la diversité des cultures tout en excluant les villes et les agglomérations de plus de 100000 habitants ce qui écarte de fait la majorité des grands quartiers populaires de notre région ?
Dans le même ordre d’idée comment peut-on exclure les professionnels du secteur culturel aidés de manière récurrente s’ils font des efforts pour aller à la rencontre des populations de ces quartiers.
Au-delà, je veux réaffirmer que le groupe Front de Gauche sera vigilant quant au maintien de l’effort de la Région en faveur du monde de la création et de l’action culturelle. Nous devons refuser de nous inscrire dans les nouvelles orientations de l’Etat qui tout en organisant son désengagement financier et le démantèlement du service public de la culture veut désormais opposer la culture pour chacun à la culture pour tous et la culture populaire à celles des artistes.
La culture populaire sans l’art et les artistes c’est à terme condamner notre peuple à la star’ac, la télé réalité, les concours de miss.
La culture populaire pour nous c’est autre chose, c’est permettre à chacun de partager et de s’approprier les œuvres et les créations humaines afin de participer à l’émancipation de tous.
C’est ce projet, commun à André Malraux comme à Jean Vilar dont nous allons célébrer en 2011 le 30e anniversaire de la mort, qui fonde l’originalité des politiques publiques de la culture dans notre pays.
« Culture pour chacun » contre « culture pour tous », Le populisme au service du marché
« La culture pour chacun » contre la « culture pour tous » est désormais présentée comme la philosophie officielle du Ministère de la Culture. Cela pourrait être analysé comme un rideau de fumée de plus auquel Nicolas Sarkozy nous a habitués en partant il est vrai de problèmes réels.
Mais ne nous y trompons pas, il s’agit de beaucoup plus que cela.
Le problème posé est celui de la démocratie culturelle, ce rêve poursuivi depuis la Libération, dont l’objectif était que les classes populaires, les jeunes, les régions bref le peuple accède à une offre artistique activement soutenue par les politiques publiques. Ce projet n’a été que partiellement réalisé et il faut en faire le constat, le modèle est désormais en panne. C’est ce qui permet au ministre Mitterrand d’avancer ses propres solutions.
Reprenant une thèse fréquemment défendue par Nicolas Sarkozy, il part du postulat que l’échec de la démocratisation culturelle serait due, précisément, à ces politiques publiques qui ont favorisé l’offre culturelle aux dépens de la demande . On peut rendre hommage à sa constance…Ceux qui pensaient que le sarkozysme n’avait pas de projet culturel sont désormais détrompés.
L’objectif de la « Culture pour tous » (décriée, paraît-il par André Malraux, que l’on cite en tronquant sans vergogne sa pensée), se serait traduit par la production d’une « culture officielle », élitiste et arrogante, « intimidatrice » pour le peuple, écarté par là même de la culture.
Le mot est lâché. Quand ces gens-là parlent au nom du peuple, pour l’opposer à une élite que seraient les artistes et les intellectuels, le populisme n’est jamais très loin. Populisme dont la vie culturelle est un des terrains privilégiés : de l’identité nationale nous sommes parvenus à la conception étroite du projet de Maison de l’Histoire de France, qu’il nous faut combattre aux côtés de la quasi-unanimité des historiens, parce qu’il symbolise parfaitement les politiques xénophobes, sécuritaires et antisociales actuellement menées.
Populiste et en même temps profondément libéral le démantèlement pierre à pierre des politiques publiques et du Ministère de la Culture : tout se passe comme si l’on voulait laisser l’individu, prétendu libre, seul, face au marché des produits culturels, au soutien auquel sont majoritairement consacrés les maigres crédits du Ministère.
Populiste enfin cette idée saugrenue d’opposer délibérément la « culture pour chacun » à la « culture pour tous ». Surtout quand on justifie cette contorsion par la volonté de rétablir le « lien social », non pas pour « faire société », mais pour garantir la « cohésion sociale ». Thèse qui consiste à substituer aux combats pour une centralité émancipatrice et civilisationnelle de l’art et de la culture dans les rapports sociaux, la recherche d’un lien social conçu comme un pansement sur les plaies sociales, aggravées du reste par les politiques que Frédéric Mitterrand se garde bien de remettre en cause.
Sous couvert de défendre la culture populaire et d’individualiser les besoins et les choix, nous sommes bien dans la logique d’une droite « décomplexée », dans le champ culturel comme dans tout ce qui touche à l’humain : amoindrir la puissance publique au profit des intérêts mercantiles, casser les solidarités au profit d’une segmentation du peuple.
À ce tournant doctrinal, je propose de soumettre au débat d’élaboration d’un projet culturel de gauche, deux ambitions fortes :
• Transformer notre service public de la culture, original parce que non étatique, en donnant un nouvel essor aux politiques publiques, conjuguant une responsabilité partagée par l’État et les collectivités territoriales. Sur la base d’un vaste débat national et décentralisé, il s’agit de redéfinir les contenus, les finalités et les moyens des dispositifs d’aide à la création et des cahiers des charges des équipements culturels ; les statuts sociaux des artistes, les formes et les moyens de l’action culturelle dans le monde du travail comme en milieu urbain ; l’éducation artistique à l’école...
• Réaffirmer et repenser notre ambition de démocratie culturelle en fondant de nouveaux liens entre d’une part la création artistique, indispensable à toute vision émancipatrice, et qui a besoin de libertés et de moyens accrus, et d’autre part l’éducation populaire à laquelle il faut donner un nouvel élan qui permette concrètement, à chacune et à chacun, à l’école, dans les entreprises, dans les villes et les territoires, non seulement d’ « accéder », mais surtout de s’ « approprier » et/ou de produire les arts, les savoirs et les pratiques sociales innovantes, de grandir et de s’émanciper dans le vivre ensemble et la solidarité de tous.
C’est peut-être la refondation de cet alliage entre art et éducation populaire qui permettra de retrouver les chemins de l’utopie, qui est la chose la moins partagée du moment.
1°) Lettre de mission à Christine Albanel (01/08/2007) : « La démocratisation culturelle, c’est enfin de veiller à ce que les aides publiques à la création favorisant une offre répondant aux attentes du public (…). Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de son action et de la popularité de, ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et subventions (…) ».
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